Sur quoi s’ouvre votre fenêtre de Johari ?

De ma fenêtre,  je vois le ciel bleu rempli de soleil.

 

Un outil, bien connu et peut-être sous utilisé: la fenêtre de Johari. S’il est possible de l’utiliser de plusieurs façons dans le cadre du travail collaboratif, le présent texte vous propose deux usages prisés chez Percolab Coop:

  •  améliorer le leadership collectif par une compréhension commune des enjeux 
  • développer le potentiel des membres de l’équipe. 

Johari?

Durant les années 50, Joseph Luft et Harry Ingham, des collègues psychologues, proposent de contracter leur deux noms et créer le modèle de la fenêtre de Johari. Au delà d’imaginer le fun qu’ils ont eu ce soir là ! Le modèle permet d’ouvrir un dialogue, favoriser une meilleure compréhension des enjeux complexes et favoriser le développement individuel et collectif. 

 

Connaissance de soi,  mais pas que!

Le modèle offre surtout un cadre structurant pour ouvrir le dialogue dans des contextes relationnels sensibles . Décrit comme un outil relationnel collectif (Halpern, 2009) , il favorise une compréhension commune et permet de bâtir la confiance entre les membres d’un groupe . 

La Fenêtre de Johari (voir figure 1) est composé des quadrants suivants :

  1. Le quadrant ouvert (connu de soi et des autres)
  2. Le quadrant caché (connu de soi, mais inconnu des autres)
  3. Le quadrant aveugle/angle mort (inconnu de soi, mais connu des autres)
  4. Le quadrant inconnu (inconnu de soi et des autres)

Ensemble, les quadrants 3 et 4 constituent la zone aveugle. Il s’agit de notre part de vulnérabilité. Aussi pertinent et utile qu’en conduite d’un véhicule, examiner ses angles morts permet de révéler les éléments qui y sont cachés – quadrant 3. Il est possible d’y arriver en invitant les autres à nous donner du feedback, en augmentant la fréquence des conversations courageuses, en accordant une plus grande place à la diversité des voix qui nous entourent. 

Le quadrant 4 (inconnu pour toustes) ne peut se révéler que par la mise en commun d’informations partagées et par des moments réflexifs qui ouvriront une nouvelle compréhension. Par l’exercice, de nouvelles connaissances se révèleront, et ainsi, deviendront accessibles doucement. 

Il est possible de réduire ou d’agrandir les fenêtres en pratiquant la transparence et en nous révélant en toute vulnérabilité, dans un contexte de sécurité psychologique.

Sécurité Psychologique

La sécurité psychologique est définie comme la mesure dans laquelle les gens perçoivent l’environnement comme propice à des comportements interpersonnels à risque, comme s’exprimer ou demander de l’aide. C’est une variable importante dans les environnements de travail dans lesquels l’apprentissage est important.

Amy C. Edmonson

 

 

Convergence et divergence : Qu’est-ce qu’on apprend ?

Au-delà de l’utilisation commune de l’outil que vous pouvez trouver facilement sur une multitude de sites internet, voici deux exemples spécifiques et détaillés de pratiques réalisées chez Percolab, au sein même de l’équipe et dans le cadre d’accompagnements avec des client·e·s.

 

1. Utilisation au service de la compréhension commune des enjeux

Le fenêtre de Johari permet de tenir des conversations à propos d’enjeux sur lesquels l’équipe croit qu’une compréhension commune existe. Par contre, lors de questionnements spécifiques, on peut témoigner que ce n’est pas si clair pour tout le monde. Les conversations de corridors ou l’anxiété ambiante nous suggèrent que l’utilisation de ce processus pourrait soutenir les membres.

Voici des exemples de thèmes pour lesquels nous l’avons utilisé :

  • la transition socioécologique
  • le ou la candidat·e idéal·e
  • la création d’une page produits et services pour le site web

Voici le processus, au centre est placé un schéma de l’outil : 

Invitez les participant·e·s de façon individuelle à documenter le plus précisément possible chacun des 4 quadrants. Suggestion : utiliser des post-it de couleur. 1 couleur par quadrant. Bonification : si comme Percolab vous avez l’habitude d’inviter des parties prenantes externes à l’équipe lors de vos rencontres, le quadrant 3 (angle mort) sera beaucoup plus précis et pas que basé sur des perceptions. D’autres données colligées en continu (sondage de satisfaction, entrevue départ, recherches scientifiques) permettent de compléter l’information. 

Lorsqu’on utilise l’outil en collectif, on favorise le travail en sous-groupes, qui permet de gagner en efficacité et d’avoir une perspective partagée. On retient ce qui converge facilement et qui se place dans le quadrant connu de toustes. Une réflexion s’impose sur les sujets qui sont cachés (quadrant 2). Pourquoi nous ne communiquons pas cette information ?; Quelles peurs se révèlent lorsqu’on constate les informations qui se trouvent dans le quadrant 2 ?; Comment l’angle mort (connu des autres et pas de nous) est influencé par le quadrant caché ?

La mise en commun en plénière permet de construire un nouveau narratif. Des questions puissantes telles que : Qu’est-ce qui ressort de nos échanges ?; Quelles clartés se révèlent à nous ?; Où doit -on mettre nos énergies; Qui devrait-on consulter ?; Sur quoi devrait-on travailler ensuite ?; Que nous manque-t-il ?; Quelle est la prochaine étape ? 

La fenêtre de Johari permet d’augmenter la confiance dans l’équipe et de mieux comprendre où les autres se situent. Cette pratique s’inscrit dans le domaine de la transparence. Plus l’information est partagée, plus la zone aveugle (qui inclut les quadrants angle mort et inconnu (3 & 4) va se rapetisser. Doucement, cela permet de créer de la sécurité psychologique (Edmondson, 2016).

 

2. Utilisation pour au service du développement de potentiel : Qu’est-ce que je ne sais pas que je devrais savoir? 🤔

Dans le cadre de l’apprentissage et du développement, l’un des 7 domaines du modèle du Leadership Horizontal (Slade, 2018), Percolab dispose d’un éventail de pratiques pour soutenir nos apprentissages tels que: cercles, contrats d’apprentissage, feedback appréciatif, ou encore post-motorola. Ces approches favorisent un environnement de croissance et de collaboration.

Récemment, une collègue a lancé une invitation courageuse sur l’outil de communication écrite de l’équipe (Slack):

« Je fais mon contrat d’apprentissage : quelles sont mes angles morts ? »

Bien que l’intention soit louable et mérite d’être honorée, il est crucial de rappeler qu’un outil de discussion collectif, aussi bienveillante l’équipe puisse être, ne constitue pas un espace sécuritaire pour aborder des informations aussi sensibles. Une démarche structurée, consciente et adaptée, comme celle basée sur la fenêtre de Johari, peut transformer cette exploration en une expérience enrichissante et sécurisée pour toustes.

Voici un processus simple et efficace pour l’utiliser dans un contexte de développement personnel et collectif.

Mise en place 

  1. Préparer le cadre
    • Dessiner les quatre quadrants de la fenêtre de Johari sur une grande feuille.
    • Disposer une pile de post-it à proximité.
    • Travailler en petits groupes de 4 à 6 personnes ou en sous-groupes pour des groupes plus larges (7 à 20 personnes).
  2. Intention


    L’objectif est de révéler la zone aveugle (quadrants 3 et 4) et d’explorer en faisant bouger les quadrants, grâce aux contributions collectives.

 

Étapes du processus 

1 – Remplissage individuel des quadrants

La personne qui souhaite mieux connaître ses angles morts complète :

      • Quadrant 1 : Ouvert/connu 
      • Quadrant 2 : (ce qui est su d’elle-même et caché pour les autres)
2 – Contributions des collègues

Angle mort/non connu d’elle-même, connu des autres (perceptions des autres à son sujet).

  1. Mise en commun
    • Les membres du groupe partagent leurs observations et perceptions, en enrichissant les quadrants 1 et 3 (ce qui est connu par les autres mais pas encore intégré ou partagé).
    • Un premier tour permet de poser des questions et d’apporter des précisions sur les informations collectées.
  2. Cercle de réflexion
    • Dans une deuxième phase, chacun partage ses étonnements et les nouvelles informations révélées.

 

Illustration 

Une collègue avait indiqué dans le quadrant ouvert (1) qu’elle aimait être en soutien. Cependant, dans le quadrant caché (2), elle avait noté son désir d’être davantage devant et de porter des projets. Grâce à la discussion, il est apparu qu’elle ressentait une retenue dans ce domaine, révélant un élément de sa zone inconnue (quadrant 4).

 

Actions concrètes pour l’apprentissage 

À l’issue de ce processus, chez Percolab Coop la personne a la possibilité de :

  • Mettre en place un contrat d’apprentissage personnalisé.
  • Identifier un buddy pour l’accompagner.
  • Formuler une demande de soutien à l’équipe.

De son côté, l’équipe s’engage à créer un environnement propice afin que  que la personne atteigne ses objectifs, renforçant ainsi une culture d’apprentissage et de soutien collectif.

 

Pourquoi adopter cette méthode ?

En structurant la démarche, cette pratique amplifie la transparence et la confiance dans l’équipe. Elle valorise le courage de demander du feedback tout en limitant les risques associés à un contexte collectif non structuré. Ainsi, chacun peut explorer ses angles morts et révéler son potentiel dans un cadre respectueux et soutenant.

Ce processus incarne pleinement les principes d’un leadership horizontal, où l’apprentissage individuel et collectif se nourrissent mutuellement pour développer des compétences et renforcer la cohésion.

La fenêtre de Johari est un modèle puissant pour approfondir la connaissance de soi et des dynamiques relationnelles. 

Point de vigilance: 

La sécurité psychologique étant fragile dans les groupes de travail, il est important de pratiquer sur des enjeux collectifs d’abord et d’augmenter en difficulté par la suite en l’utilisant dans les contextes individuels. Chacun doit être à l’aise pour partager l’information à la hauteur de son niveau de confort. Ma collègue a fait preuve d’un grand courage dans sa demande à l’équipe. Des conversations ont eu lieu avant et.

Utilisation

L’utilisation les plus fréquentes de la Fenêtre de Johari est comme outil de développement personnel et professionnel. Voici d’autres exemples :

  • Amélioration de la communication : En identifiant et en partageant les aspects de soi-même qui étaient auparavant inconnus ou cachés, les individus peuvent améliorer leur communication avec les autres en établissant une base de confiance et de transparence.
  • Renforcement des relations interpersonnelles : En utilisant la Fenêtre de Johari, les individus peuvent mieux comprendre comment ils sont perçus par les autres et comment ils perçoivent les autres. Cela peut favoriser le développement de relations plus solides et plus authentiques.
  • Développement du leadership : Les leaders peuvent utiliser la Fenêtre de Johari pour mieux comprendre leurs propres forces et faiblesses, ainsi que la façon dont ils sont perçus par leur équipe. Cela peut les aider à développer leur style de leadership et à bâtir des équipes plus efficaces.
  • Gestion des conflits : En identifiant les zones d’inconnu et de non-reconnu dans la Fenêtre de Johari, les individus peuvent découvrir des aspects de leur comportement qui peuvent causer des conflits ou des malentendus avec les autres. En reconnaissant ces aspects, ils peuvent travailler à les améliorer et à réduire les conflits interpersonnels.
  • Croissance personnelle : En explorant les zones aveugles et cachées de la Fenêtre de Johari, les individus peuvent découvrir des aspects de leur personnalité ou de leur comportement dont ils n’étaient pas conscients auparavant. Cela peut les aider à mieux se connaître et à travailler sur leur développement personnel.

En résumé, la Fenêtre de Johari est un outil puissant pour la croissance personnelle, le développement des relations et l’amélioration de la communication, tant dans les contextes professionnels que personnels.

 

Références

Edmondson, Amy C., Monica Higgins, Sara J. Singer, and Jennie Weiner. « Understanding Psychological Safety in Healthcare and Education Organizations: A Comparative Perspective. » Special Issue on the Role of Psychological Safety in Human Development. Research in Human Development 13, no. 1 (2016): 65–83.

Edmondson, A. C., & Lei, Z. (2014). Psychological safety: The history, renaissance, and future of an interpersonal construct. Annual Review of Organizational Psychology and Organizational Behavior, 1, 23–43. https://doi.org/10.1146/annurev-orgpsych-031413-091305

Halpern, H (2009)Supervision and the Johari Window: A Framework for Asking Questions, Education for Primary Care,20:1, 10-14, DOI: 10.1080/14739879.2009.11493757