Regards croisés sur le soin dans la collaboration

Article co-écrit par Anaïs BELPEER, Fanny MONOD MITREV et Martine SERRES

 

En ce début d’année, Anaïs, Fanny et Martine se sont retrouvées sur “Prendre soin de la collaboration”. Qu’est-ce que ça signifie ? Comment cela se vit au quotidien ? Voici le fruit de leurs échanges, entre praticiennes de la facilitation.

Première question : que signifie “prendre soin des personnes avec qui l’on collabore” ?

Anaïs : Selon moi, prendre soin, c’est respecter le rythme de chacun et libérer les potentiels, sans mettre la pression ! Si ce n’est pas le bon moment pour la personne, la collaboration ne fonctionnera pas. Prendre soin de la collaboration, c’est aussi s’ajuster à l’autre, accueillir les émotions, les siennes et celles de la personne avec qui on collabore. Il me semble fondamental de ne pas dissocier la sphère personnelle de la sphère professionnelle, nous sommes des êtres humains à part entière.

« Prendre soin c’est prendre en compte l’autre, dans tous ses aspects personnels et professionnels. »

Martine : Quand je pense à cette question, je pense à la notion d’espace “secure », de réunir les conditions nécessaires à la collaboration. Il s’agit de trouver la ligne d’équilibre, dans un contexte tendu, notamment financier, et le respect de la place des individus. Pour moi, le collectif ce sont des espaces en construction permanents, mouvants, de (re)création où les choses peuvent se dire, se vivre, mais ne se décrètent pas.

“La collaboration ne se décrète pas, elle se vit dans des espaces où les conditions sont réunies”

Fanny : de mon côté, j’entends la notion d’écoute, dans le sens de s’écouter vraiment, être attentive aux autres et prendre en compte ce qui se passe pour chacun. Dans mes accompagnements, je dis souvent “il ne faut laisser personne sur le côté !” Il faut être prêts à repenser un projet qui se veut collaboratif mais qui crée plus de problèmes que de solutions pour ceux qui en font partie. Quand on demande “comment ça va ?”, il faut pouvoir agir si la réponse n’est pas positive ! Pour moi, c’est ça prendre soin de la collaboration. C’est être à l’écoute, présent, et avoir les techniques pour passer à l’action si besoin, en prenant soin de soi, des autres et du collectif. Cela demande de la pratique, de l’humilité et de la douceur.

« Collaborer c’est être attentif et prêt à agir pour prendre soin de ce qui se passe pour l’autre, pour ne laisser personne sur le côté”.

Deuxième question : comment la bienveillance peut-elle rimer avec exigence ?

Anaïs : Je constate aujourd’hui que la collaboration se conjugue principalement au féminin. La facilitation est un métier où la présence des femmes est très importante. Pourquoi ? Je pense que c’est parce que la collaboration nécessite de prendre soin des autres et que c’est un rôle qui nous a été attribué il y a longtemps dans notre société occidentale. Nous savons le faire, nous le mettons en pratique dans notre métier ! J’ai aussi du mal avec le terme de bienveillance qui a perdu de son sens à force d’être utilisé à tout va. Selon moi, la bienveillance se fait avec le cœur et relève de la morale et de l’éthique, en prenant en compte les forces, les faiblesses, les origines sociales, culturelles, économiques de tout le monde.

“Être bienveillant est une compétence nécessaire à la collaboration, pratiquée par les femmes depuis des siècles !”

Martine : la notion de bienveillance à tout va m’agace un peu, car là aussi je pense que la bienveillance ne se décrète pas, elle se vit. Pour faire écho à ce qui a été dit, le collectif permet d’avoir des exigences. Nous ne sommes pas juste en train de nous faire plaisir, on collabore parce que l’on a un projet commun. On essaie d’inventer une nouvelle façon d’être au monde, un nouveau rapport au travail dans un environnement dont les codes sont encore très durs.

« Nous avons besoin de bienveillance et d’exigence pour inventer de nouvelles façons d’être au travail”.

Fanny : J’ai moins de mal avec ce mot. Pour moi, il s’agit aussi de pratiquer la bienveillance envers nous même. Je nous trouve souvent très dures ! Notre métier est complexe, cela nous demande d’être modélisantes à chaque instant, d’être alignées entre ce que l’on dit et ce que l’on fait. Le collectif nous permet d’être exigeantes, il nous soutient et nous pousse à être meilleures. C’est valable pour nous, comme pour les personnes avec qui on travaille. Le concept “Ubuntu” dit « je suis ce que je suis parce que vous êtes ce que vous êtes ». Pour moi cela renvoie à la notion de responsabilité individuelle et collective, un collectif va bien quand les membres qui le constituent vont bien. Donc oui, soyons exigeantes, sur la bienveillance justement ! Rester positif et se soutenir sont pour moi des clefs essentielles de la collaboration.

“Nous réussissons à être exigeantes grâce à la bienveillance, envers soi et de la part du collectif qui nous soutient”

Martine : La collaboration sous-entend une notion de progression, d’allers-retours, de ré-interroger sa posture et celle des autres. C’est un apprentissage constant entre les individus. Les espaces de collaboration sont aussi des espaces qui demandent de ralentir dans un monde où tout semble aller de plus en plus vite. Prendre le temps de collaborer, c’est une sorte d’acte de résistance à la performance.

“Prendre le temps de collaborer, d’apprendre à faire ensemble, c’est un acte de résistance !”

Troisième question : COMMENT EST LA collaboration au sein de Percolab ? est-ELLE alignée avec « prendre soin de nos espaces de collaboration ? »

Martine : le premier mot qui me vient est “accueil”. Suite à plusieurs échanges, j’ai été accueillie lors d’une réunion d’équipe où l’on sent que l’on à tout de suite une place qu’il nous est offert de prendre. Il n’y a pas d’invités à Percolab, il n’y a que des personnes agissantes avec la possibilité de prendre la parole, de faire des propositions et d’émettre des points de vue. Tout cela est possible avec une certaine rigueur dans le cadre et les outils utilisés. Ils sont très aidants pour structurer les échanges, s’enrichir les unes les autres et répondre aux besoins exprimés.

“En réunion, on se sent tout de suite accueillie grâce à la place offerte pour prendre la parole et agir ”

Fanny : ce que j’apprécie à Percolab, c’est que l’on a toujours le temps d’écouter et d’accueillir les émotions des autres… Si la personne concernée le souhaite ! La notion de consentement est très importante chez nous. On essaye de ne pas interpréter les émotions et de ne pas tomber dans le conseil non sollicité parce que l’on a envie d’aider. Chacune d’entre nous sait que ces espaces existent, nous cultivons la “demande d’aide”, nous sommes toujours prêtes à y répondre : le collectif est structuré comme ça. Au fil des ans, nous avons développé notre capacité à écouter, en particulier les divergences, à faire pause et à ouvrir des espaces de conversation pour dénouer la tension. Ce n’est pas toujours simple, mais c’est passionnant ! Une partie de nous a le goût de l’aventure, c’est un vrai voyage d’apprentissage sur l’humain.

“On a toujours le temps pour s’écouter et pour s’aider, il faut demander ! ”

Anaïs : si je n’avais pas intégré le collectif Percolab, je ne serais plus dans ce métier, c’est la plus belle chose qui me soit arrivée ! Percolab, c’est d’abord des rencontres humaines, c’est Nadine, c’est Karine, c’est Fanny. Le fait d’être des femmes fait que nos parcours personnels respectifs résonnent et renforcent nos liens professionnels. Tout comme l’évoque Martine, la qualité des réunions chez Percolab est indéniable, l’écoute et l’ouverture sur l’avis de l’autre sont gages de collaboration bienveillante, justement ! Aujourd’hui, je ne pourrais plus faire des réunions sans les ingrédients clés de Percolab : inclusion, ordre du jour co-construit, respect du temps. Je pense aussi à un outil qui donne beaucoup de légitimité et de reconnaissance : le fichier de partage des honoraires où l’investissement réel est valorisé, c’est très gratifiant. J’affectionne aussi particulièrement l’outil appréciatif triple A, avec le temps qui est pris pour un retour vraiment constructif. Une des valeurs clés de Percolab, c’est également “l’art de demander de l’aide” A chaque fois que je demande de l’aide ou de l’écoute, il y a toujours une main tendue en face. Cela n’a pas de prix dans le monde actuel !

« La collaboration c’est des rencontres, de la reconnaissance et du temps, ça n’a pas de prix! ”