Neurodiversité, anxiété et intégration au travail : mon histoire et ma perspective sur ces enjeux

Comment nos façons d’organiser notre travail peuvent-elles favoriser le développement et l’acceptation de chacun·e ? Ma réflexion sur les pratiques dont j’ai fait l’expérience lors de mon stage professionnel à Percolab Coop et qui m’ont inspirée d’intégrer l’organisation.

A chacun·e son parcours, ses défis, ses besoins

Il y a des choses qui font de nous qui l’on est, qui nous suivent dans notre vie professionnelle, et qui devraient être célébrées par les organisations, ou du moins accueillies. C’est ce vers quoi on devrait tendre si l’on veut offrir aux jeunes, et à tout le monde, une vie professionnelle qui nous inspire et qui nous donne de la joie.

Pour ma part, voici la valise avec laquelle je suis arrivée dans mon stage à Percolab Coop. En grandissant à Paris dans un milieu social, un quartier et des écoles avec relativement peu de moyens, j’ai reçu le message, souvent implicite, qu’il ne fallait pas « viser trop haut », être trop ambitieuse, que je n’avais sûrement pas les ressources suffisantes pour accéder à mes rêves, ou qu’il valait mieux me contenter de ce que j’avais à portée de main.

Illustration d’une montagne avec un chemin bordé de panneaux d’avertissement et des nuages bloquant l’horizon

Avec le manque de confiance que ces messages avaient induit en moi, mais une volonté forte de prouver que tout cela n’était pas forcément vrai, je suis partie en Irlande à dix-huit ans pour faire une année de césure comme fille au pair  — un rêve d’enfant . Me sentant tout de suite comme chez moi, et appréciant l’opportunité de développer une seconde langue, j’ai décidé de rester quatre ans de plus, pour étudier le business, les sciences politiques, l’économie et la sociologie à Trinity College, à Dublin, en travaillant à temps partiel comme barista dans un café pour le financer. J’ai senti que ça allait être dur dès mon tout premier jour de cours, lorsqu’un professeur, à qui j’avais demandé une modification dans mon agenda pour accommoder mes heures de travail, m’a dit : « L’université, c’est un job à temps plein. Si tu travailles en parallèle, tu n’y arriveras jamais. » Ça m’a secouée – comme beaucoup d’étudiant·e·s, je n’avais pas le choix! Il avait tout de même en partie raison, et ce fût souvent difficile, mais j’ai fini ma première année, puis ma deuxième, fière de ma résilience. À partir de la fin de ma troisième année, lorsque la pandémie est arrivée, j’ai dû finir mes études à distance. Ces circonstances ont été terribles pour beaucoup d’étudiant·e·s, mais je dois reconnaître que, dans ma situation, ce fût avant tout bénéfique. De retour à Paris, dans l’appartement où j’avais grandi, j’ai découvert ce que c’était d’être une étudiante à temps plein, libérée de mes heures de travail chaque semaine et de mes inquiétudes financières. Ça m’a aussi donné le déclic dont j’avais besoin pour commencer une thérapie. 

Enfin, après avoir obtenu mon diplôme, et pris quelques mois de pause et de recul, j’ai posé les pieds à Montréal, au milieu de l’hiver, pour commencer un stage professionnel de cinq mois à Percolab Coop. Mon rôle, qui était d’évaluer l’impact social de la coopérative et de ses projets, m’a permis d’en avoir une vision à la fois d’ensemble et profonde, et a donné lieu à des expériences transformatrices.

Le défi de s’accepter, et d‘être accepté·e

En démarrant mon stage, j’arrivais avec des défis qui me paraissaient presque impossibles à relever, provenant de mon anxiété, mon manque de confiance en moi, mon hypersensibilité et mon fonctionnement par un mode de pensée qu’on appelle « haut potentiel » (ce concept assez flou est souvent mal compris – cet article résume bien ce que j’ai moi-même vécu au cours de ma vie).

Illustration d’un cerveau formé de fils emmêlés et deux mains essayant de les démêler

Avant que je n’y mette des mots (grâce à de la thérapie), tout cela m’a fait me sentir toute ma vie que je n’étais à ma place, car presque « normale », mais pas tout à fait. Un exemple de cela, lié au sujet de cet article, c’est que je me passionne très intensément pour des choses très variées, et que je n’ai jamais été capable de me concentrer sur un sujet ou deux, mais plutôt des dizaines, sans lien apparent entre eux. J’ai senti très tôt, surtout dans les yeux des adultes, que ce n’était pas un comportement valorisé. Depuis l’enfance, ça a donc été source d’inquiétude pour moi, notamment en comprenant qu’il était préférable, et même attendu, que je choisisse une ou deux passions ou domaines d’intérêts et, plus tard, un métier. C’est un défi pour beaucoup de monde. Pour certain·e·s, comme moi, ça peut être une source constante de tourment, de remise en question, et d’un sentiment de culpabilité permanent couplé à une grande frustration. 

Aujourd’hui, je démarre ma vie professionnelle et je n’ai toujours pas choisi de métier, dans le sens où je n’ai pas sélectionné une chose dans laquelle me spécialiser. Mais au lieu d’être un stress, un complexe, c’est devenu libérateur ! J’ai appris à apprécier cette partie-là de ma personnalité, qui me pousse à apprendre une variété de choses. Cette récente acceptation de moi-même, propulsée par une année et demie de thérapie, m’a rendue plus apte à aborder le monde du travail. Cependant, à la fin de mes études, j’étais consciente que de m’y intégrer pleinement, c’est-à-dire, dans mon cas, de me sentir acceptée et inclue dans mon entièreté, avec mes défis et mes besoins, ne serait pas possible dans n’importe quelle organisation ou secteur (une réalité pour beaucoup, que j’aimerais voir changer dans les prochaines années).

Intention, besoin, espoir

Avant de débuter mon stage, même si, en connaissant un peu Percolab Coop, je savais que le l’environnement serait bienveillant, je redoutais de ne pas être à la hauteur, de ne pas réussir à relever mes défis pour découvrir mon plein potentiel et susciter l’impact que je souhaitais. Cependant, je pouvais déjà m’ancrer dans la clarté que j’avais sur mon intention pour ce stage, mes besoins et mon espoir. Mon intention était de découvrir comment je pouvais amplifier et valoriser mes forces, et surmonter mes défis, pour pouvoir contribuer à l’organisation, et à la société, d’une façon qui reflète qui je suis. J’avais besoin, pour réaliser cette intention, d’évoluer dans un environnement qui prendrait soin, avec moi, de mon bien-être, de ma santé mentale et de mon développement. L’espoir que j’avais, c’était de faire l’expérience de ce genre d’environnement, qui reconnaît, célèbre et soutient chacun·e avec son parcours, ses traumatismes, ses défis, ses besoins, ses forces… Aujourd’hui, ayant clôturé cette expérience de stage, je peux dire que c’est exactement ce que j’ai eu la chance de vivre, et plus encore, et que l’étudiante anxieuse que j’étais il y a peu serait bien rassurée !

À quoi ça ressemble, une organisation qui prend soin des individus ?

Moi qui cherchais un environnement propice à mon développement, j’ai compris très tôt, en mettant les pieds dans la culture et les pratiques de Percolab, que ce serait le grand thème de mon stage. Pendant cinq mois, je n’ai cessé de faire des découvertes et d’avoir des réflexions sur ce que veut dire le développement, sous toutes ses formes : compétences, bien-être, santé mentale,…; et à toutes les échelles : moi, les autres, l’entreprise et la société toute entière.

Beaucoup de ce que mes collègues font pour le bien-être, la santé mentale et le développement intérieur dans la coopérative, iels le font naturellement, sans nécessairement le savoir, parce que c’est ancré en elles·eux et dans les pratiques de gestion et de collaboration de la coopérative, les façons de travailler et de s’organiser. Ces pratiques horizontales, et profondément saines et humaines, posent les bases de relations et d’expériences qui favorisent le bien-être dans l’inclusion des façons d’être et de penser des personnes, dans toute leur diversité. Il y a les pratiques formelles, qui s’inscrivent explicitement dans la vie organisationnelle, les principes et l’intention de Percolab Coop (comme les check-ins et check-outs, les réunions participatives, les cercles de dialogue,… – voir le livre Le Leadership Horizontal– et divers outils, comme ceux de La Chicanerie). Mais il y a aussi toutes les micro-pratiques puissantes qui en découlent naturellement, amenées avec intention, mais de manière informelle, dans les façons de se parler, de se voir, de s’encourager, de s’apprécier… Quelques-unes de ces pratiques m’ont particulièrement marquée, car bien qu’anodines au premier regard, elles ont eu un impact profond sur mon bien-être et ma santé mentale, et ont façonné cette expérience et ce que j’ai développé en moi et autour de moi.

« Dessine ta zone de confort »

Illustration d’une personne aux pieds d’une montagne qui peine à voir le sommet

Le deuxième jour de mon stage, j’étais invitée à une rencontre pour un projet de consultation. À la fin de la rencontre, elle nous a demandé, comme check-out, de dessiner notre zone de confort à participer à la facilitation de l’évènement. Hésitante au début, j’ai finalement dessiné une montagne, en expliquant qu’elle représentait ce que je devais surmonter, notamment mon anxiété, pour arriver à contribuer pleinement. À l’écoute, mes collègues m’ont dit qu’elles allaient prendre soin de ma montagne. Elles l’ont fait en me posant des questions ici et là, tout au long du projet : si j’étais confortable à l’idée de contribuer de telle ou telle manière, si j’avais l’élan de le faire, comment je me sentais… J’avais vécu la première rencontre avec un très haut niveau d’anxiété, et celle-ci a progressivement diminué, suffisamment pour que je me connecte à la joie et sois dans une zone d’apprentissage. Grâce à l’espace créé par ma collègue pour cette discussion initiale, je suis ressortie du projet sereine, avec la satisfaction d’avoir fait quelque chose de nouveau, avec finalement moins d’anxiété que j’en aurais eu d’habitude. Les check-ins, donner de l’espace pour verbaliser nos besoins et nos envies, débriefer le projet de manière appréciative, avec le feedback triple A : ces pratiques, dont j’ai fait l’expérience dès mon arrivée, ont eu un effet cadrant et rassurant, et m’ont donné la sécurité psychologique dont j’avais besoin pour aborder mon apprentissage et mon développement avec plus de joie, de sérénité et d’auto-empathie.

« De quoi as-tu besoin ? »

Après un peu plus d’un mois de stage, lorsque j’ai osé formuler explicitement, pour la première fois, mon envie d’explorer une suite éventuelle comme membre à Percolab Coop, un collègue m’a dit : « C’est assez simple. De quoi as-tu besoin pour rester ? ». Anodine au premier abord, cette question a été fondamentale pour la suite. 

Premièrement, parce qu’elle n’appelait pas à une réponse de ma part. Après avoir passé quelques semaines à Percolab, j’avais commencé à comprendre la pratique de vivre dans les questions  — bienveillante car elle aide à se libérer de la pression de performer, ce qui facilite notre capacité à aborder les situations complexes. Alors, moi qui avais toujours senti la pression de donner la bonne réponse, pour la première fois de ma vie, je savais que je n’avais pas besoin de dire quoi que ce soit. J’ai pu simplement recevoir la question, la garder et vivre dedans le reste de mon stage.

Illustration d’une paire de lunettes, présentant deux façons différentes de regarder l’avenir Deuxièmement, grâce à cela, cette question de mon collègue a débloqué la peur que j’avais d’aborder une réflexion concrète sur mon avenir proche. À ce moment-là, c’était une source d’anxiété, car j’exigeais de moi d’avoir des réponses claires, avant même de m’être laissé l’espace de me connecter à mes questions, et à ce dont j’avais besoin. Je ne sais pas si mon collègue s’en est vraiment rendu compte, mais c’était un véritable acte de bienveillance, qui m’a donné l’élan d’entamer une réflexion personnelle sur mes besoins, mais aussi mes envies et mes aspirations. Aujourd’hui, mes besoins se sont clarifiés, et continuent de se clarifier. Je continue de me demander régulièrement quels sont mes besoins, et j’essaye d’offrir davantage de questions aux autres.

“Veux-tu essayer?”

Le jeu L’écoute courageuse, et mon travail de définir son impact, ont été très imbriqués dans mon développement. Ce jeu crée un environnement, dans tous les contextes, qui influence positivement la santé mentale, le bien-être et le développement intérieur et relationnel des personnes qui l’expérimentent. Il tient une place spéciale pour moi, non seulement parce que j’ai passé une proportion significative de mon stage à travailler dessus, mais surtout parce qu’à titre personnel, il m’a beaucoup aidée. C’est pendant les jeux mensuels offerts au public que j’ai pris un rôle de facilitation majeur pour la première fois. De tout ce que j’envisageais d’essayer pour tenter d’étendre ma zone de confort pendant mon stage, la facilitation était, de très loin, ce qui était le plus challengeant pour moi, surtout en raison de mon anxiété sociale. Mais pendant ces deux premières expériences, grâce aux invitations et à l’accompagnement bienveillant de mes collègues, j’ai réussi à prendre la parole devant des inconnus·e·s, et cela en ressentant un niveau d’anxiété très tolérable  – sans une douloureuse boule au ventre, sans y repenser des heures après en cherchant ce que j’aurais mal fait ou dit. C’était inédit pour moi, et ça m’a donné beaucoup d’espoir. 

Une autre invitation m’a marquée, celle de me joindre à l’équipe lors d’un congrès que Percolab facilitait. J’ai reçu plusieurs invitations à l’intérieur de celle-ci, mais celle qui m’a particulièrement marquée est celle que deux collègues m’ont faite, en amont du congrès, de co-faciliter l’une des activités. Grâce à leur invitation, par laquelle elles me témoignaient de la confiance, et aux mots qu’elles ont eus lors de notre préparation et pendant l’événement, j’ai réussi à faire ce dont je ne me serais jamais sentie capable, même quelques semaines plus tôt: prendre un micro et parler devant une centaine de personnes. 

Illustration de deux personnes, l’une sourit et tend un microphone à l’autre, dont l’expression est tendueJ’ai bien sûr ressenti un certain stress, mais un stress que je qualifierais de positif, parce que je ne me suis pas sentie submergée ou dépassée, mais ancrée. J’ai aussi ressenti une grande fierté, parce que c’était supposé être ma grande montagne à grimper, et que d’un coup, j’étais rendue à mi-chemin. Ce n’est pas toujours facile d’inviter quelqu’un qui manque de confiance en soi, et qui a peu d’expérience, à contribuer à un projet –  et pourtant c’est transformateur. J’ai trouvé mon pouvoir pendant cet événement, grâce à l’équipe. Elle m’a montré toute la puissance que peut générer un travail réalisé en co-création, dans l’émergence, en souplesse, et m’a fait un reflet de moi-même qui était bien plus bienveillant que le mien. Depuis cette expérience, le chemin que j’ai à faire dans les années à venir me paraît tellement plus accessible, et surtout, je suis enfin disposée à l’apprécier, et même à le savourer.

Après avoir vécu les pratiques de Percolab Coop — celles que j’ai évoquées, et tant d’autres — le leadership partagé et les pratiques de collaboration bienveillantes me paraissent être le plus beau cadeau que les acteurs qui contribuent à définir le monde professionnel puissent offrir à tous les individus, et plus particulièrement aux personnes qui vivent avec un trouble de l’anxiété, ou des façons d’être et de penser qui ne collent pas tout à fait aux normes  et qui veulent s’intégrer pleinement, et avec joie, à une organisation, et au monde du travail en général.

Illustration d’une personne au travail sautant dans les airs

Le bien-être, la santé mentale, et le développement individuel sont aussi une affaire collective

La puissance de partager nos ressentis, nos réflexions et nos expériences

Toute ma vie, j’ai vu la plupart de mes singularités (liées à une neurodivergence, ce que je n’ai su que récemment, en thérapie) comme des défauts, des obstacles qui allaient m’empêcher d’apporter, par mon travail, une contribution à la hauteur de mes attentes, et de celles des autres. Ces éléments me faisaient complexer : complexer de n’avoir toujours pas réussi à les régler, d’être encore trop jeune, de ne pas avoir assez d’expérience, assez de talent, assez de compétences (ou des compétences variées mais aucune qui soit très bonne)… de ne pas être assez bien. Ce qui s’est clarifié pour moi, en thérapie, c’est que si je ne me sentais pas à la hauteur, c’est que je plaçais constamment la barre trop haut. Sans que ce soit forcément conscient, car c’est imprégné dans mes chemins de pensée, j’ai comme réflexe, pour chaque chose que je fais, de visualiser ce qui serait le résultat parfait ou idéal, et prendre ça comme objectif ou point de référence. Et jusqu’à récemment, tout ce que je faisais qui n’y correspondait pas me renvoyait un sentiment d’échec. Des années à m’imposer involontairement ce système avaient ancré en moi un sentiment d’échec presque permanent, où je ne célébrais jamais complètement les petites victoires, car ce que je n’avais pas fait parfaitement, ou au-delà des attentes des autres, n’était pas assez.

Ce qui a démarré un grand virage en moi, c’est quand je me suis aperçue, au fil des semaines, grâce à leur ouverture sur le sujet, que mes collègues qui ont 5, 15 ou 25 ans de plus que moi ont aussi encore plein de choses à développer et à amplifier. Je n’étais pas en retard, j’étais dans la norme, car la norme ce n’était plus la perfection, qui est un concept figé, irréaliste et cruel, mais le développement continu, bienveillant, tolérant, et appréciatif. Des choses sont mises en place explicitement et implicitement à Percolab, dans la culture, dans les pratiques, qui concrétisent cela. Notamment, l’approche itérative et en amélioration continue, qui nous encourage à prototyper plutôt que d’essayer de créer quelque chose de parfait du premier coup, et même à célébrer l’imperfection, qui ouvre des possibilités et nous permet d’être en co-création, en émergence, et dans l’inclusion des forces et perspectives de chacun·e. Aussi, la posture appréciative, qui est présente partout dans la coopérative, m’a appris qu’il y a de la beauté et du potentiel dans toute expérience. Ces approches au travail m’ont libérée de l’emprise de l’insatisfaction permanente, et m’aident à sortir progressivement de la réaction de freeze et de procrastination face à la difficulté, pour me mettre en action par des petits pas.

Illustration d’une personne qui avance avec de plus en plus d’entrain grâce à des conversations porteuses

De cette expérience, je vois le potentiel d’une transformation radicale de nos manières d’envisager l’avenir par la mise en commun de nos réflexions sur notre bien-être, notre santé mentale et notre développement,. Il y a un an, je pensais devoir surmonter une montagne gigantesque pour espérer, un jour peut-être, faire de belles et grandes choses. Aujourd’hui, je sais que je vais faire de belles et grandes choses, dans la joie d’être en train d’explorer cette montagne, sans me focaliser sur un sommet éventuel. J’ai compris la puissance de parler de ses doutes, de ses peurs, de son anxiété, de ses angles morts… à des personnes qui, souvent, vivent ou ont vécu la même chose. Si nos récits sont partagés, ils nous aident à être dans notre pouvoir d’agir quant à notre développement. Ce que j’ai observé et vécu à Percolab Coop, c’est une façon horizontale, partagée mais autonome, naturelle et vivante, d’aborder le développement personnel.

La puissance de l’accueil et de l’entraide

Un projet interne sur le bien-être au travail, que nous avons expérimenté avec deux collègues, a été la source de beaucoup d’apprentissages. Il faisait écho à un besoin très présent en moi de donner une place et de participer à des conversations qui répondaient à un besoin fort que j’avais de parler de bien-être et de santé mentale. J’ai découvert cette envie puissante d’extérioriser mes réflexions sur le développement intérieur, et d’entendre celles des autres, de le rendre transparent pour que tout le monde bénéficie des histoires de chacun·e, pour qu’on puisse apprécier ce chemin collectivement, au lieu, comme c’est le cas pour beaucoup, de vivre avec des sentiments de ne pas être assez bien, de ne pas être là où l’on veut être. Passer de filtres négatifs à un filtre appréciatif est essentiel pour que chacun·e trouve l’énergie de continuer de travailler. 

Arrivées au travail, les personnes ne cessent pas d’être elles-mêmes  –  elles ont vécu, par le passé, des traumatismes, des défis, elles ont leurs zones de confort, leurs angles morts… Mon expérience m’a montré que c’était très puissant d’être dans l’authenticité et la vulnérabilité auprès des gens avec qui l’on travaille, en n’essayant pas de faire bonne figure, ou de paraître plus fort·e qu’on est. Dans un environnement bienveillant, amener au collectif ce qu’on peine à faire sortir de nous, ce qui nous fait geler, procrastiner, stresser…, permet de s’entraider, dans le respect des besoins de chacun·e. Ainsi, on peut se développer ensemble pour tendre vers le meilleur de nous-mêmes, sans que ce cela n’empiète, contrairement à ce que l’on pourrait penser, sur le travail à accomplir. Mon expérience à Percolab Coop m’a démontré qu’une organisation peut être à la fois productive et centrée sur les individus et les relations, entrepreneuriale et généreuse, ambitieuse et valorisant les petits pas, collective et prenant soin des individus.

Illustration d’une spirale représentant la mise en commun des expériences de plusieurs personnes

On peut accomplir de très grandes choses pour nous-mêmes quand on met nos forces en commun, qu’on s’en parle, qu’on trouve la force d’aller dans l’authenticité et l’ouverture radicale. C’est devenu un objectif central de mon développement. Dans une situation qui me met un peu au défi, quand j’arrive à dire à une ou un collègue : voilà ce qui se passe en moi, voilà ce dont j’ai besoin ou voilà où est mon manque de clarté, l’anxiété potentielle générée par la situation se transforme. Je passe d’un sentiment d’inconfort insurmontable et une réaction de freeze, à une situation où, comme je ne suis plus seule à le savoir et à le porter sur mes épaules, un monde de possibilités, de solutions et d’apprentissages s’ouvre tout d’un coup à moi.

De mes premiers pas professionnels à Percolab, et de toutes ces réflexions, voici 3 questions qui ont émergé et dans lesquelles je continue de vivre :

  • Si l’on considère l’entraide comme un comportement humain naturel, comment l’appliquer au développement des personnes dans les organisations? 
  • Qu’est-ce que chacun·e peut mettre en place dans son organisation — petit ou grand, tangible ou intangible — pour que les conditions soient propices au développement de chacun·e et du collectif? 
  • Comment faire en sorte que les personnes qui ont eu du mal au cours de leur vie à se sentir acceptées, ou « comme les autres », sentent qu’elles ont leur place au travail?

Pour moi, le bien-être est une responsabilité collective. La santé mentale est une responsabilité collective. Et le développement des individus est une responsabilité collective. Je ressens beaucoup d’espoir en voyant que, partout, des personnes œuvrent à ce que leurs organisations — sous toutes leurs formes — deviennent plus humaines, plus inclusives et plus aptes à entretenir un contexte favorable à ce que chaque personne soit accueillie pleinement, et appréciée pour ce qu’elle est. Je ressens une immense gratitude pour toute l’équipe de Percolab Coop, qui m’a offert exactement cela.

Illustration d’une personne souriante devant un grand soleil

Alors que je suis sur le point de publier cet article, plusieurs mois après l’avoir écrit, je ne pouvais pas m’empêcher d’y ajouter un addenda:

Le perfectionnisme et la procrastination sont deux faces d’une même pièce et sont des symptômes de l’anxiété; ayant écrit un article profondément personnel, j’ai eu de la difficulté à lâcher prise et à le laisser aller. Je suis fière de l’avoir enfin terminé (j’ai tendance à commencer beaucoup de choses, mais finir n’est pas ma force!).

Maintenant membre auxiliaire à Percolab depuis 10 mois, je peux dire que je n’ai eu de cesse de faire des découvertes, que ce soit sur le monde, l’organisation, mes collègues, moi-même ou les relations. En lisant aujourd’hui ce que j’ai écrit pendant et à la fin de mon stage, en y posant un regard nouveau, je suis heureuse d’avoir réussi à mettre des mots sur ce que j’ai voulu dire depuis longtemps, et de partager mon histoire avec d’autres. Nos histoires sont une grande ressource; je souhaite que celle-ci, d’une manière ou d’une autre, vous ait donné de l’inspiration.