Storytelling au Collège

« Qu’est-ce que vous faites ? » cette question nous aura été posée à chacune de nos présences dans la salle d’étude vitrée qui donne sur la cour de récréation. Au-delà de notre présence, ce qui intrigue de l’extérieur, c’est la disposition de l’espace – sans table avec des chaises en cercle – les mots, images et post-its de couleurs qui tapissent les murs au fur et à mesure que la journée avance, suscitent la curiosité et le questionnement. Il y a aussi le grand bonhomme qui a pris forme au sol, à coup de morceaux de scotch de peintre, une œuvre éphémère collective, baptisé Justin/Justine. Il aura prêté sa longue silhouette au repérage des émotions dans le corps.

Nous sommes dans un collège de Montpellier, dont le projet pédagogique pour l’année 2015-2016 porte sur la démocratie. 16 élèves entre 11-14 ans – ont embarqué pour une formation à la médiation par les « pairs » – devenir eux-mêmes des élèves médiateurs pour les conflits entre élèves dans l’établissement. Une initiative originale, même si ce n’est pas une première, la médiation par les pairs ayant déjà bénéficié de plusieurs dispositifs de mise en œuvre en France.

Je suis accompagnée de Martine, ancienne avocate, médiatrice depuis 20 ans, qui assure la coordination pédagogique du certificat de médiation depuis une dizaine d’années. Pour une entrée en matière sur un sujet peu familier et complexe, nous choisissons de proposer un partage d’histoire ou « storytelling ». L’occasion d’offrir aux élèves le témoignage précieux de la médiatrice passionnée et aguerrie qu’est Martine. L’occasion pour elle de se replonger dans son histoire personnelle: son rapport à l’autorité, elle enfant avec sa mère, puis elle, devenue mère, avec sa fille. Jusqu’à sa rencontre avec le livre de Thomas Gordon « Parents Efficaces » qui est un véritable détonateur, transforme son rapport au monde et change le cours de sa vie. Elle se forme à l’écoute active: reformuler les propos pour s’assurer de la compréhension, refléter les émotions pour aller au-delà de la surface des mots et explorer l’univers, toujours singulier, qui se cache derrière les signifiants.

Les élèves sont séparés en 3 groupes, autant d’axes d’écoute:
• la communication (écoute et parole)
• le rôle du médiateur
• la médiation et l’autorité

La mise en route demande du temps, l’activité est inhabituelle, autant que le sujet. Il faut expliquer plusieurs fois les consignes, s’assurer que chaque élève a bien compris ce qui lui est demandé. Les groupes constitués ont chacun des paquets de post-its de couleurs différentes sur lesquels prendre des notes.

Quelqu’un lance « nous sommes la force verte », l’image est saisie au vol pour mobiliser les enfants et jouer sur la mission attribuée à chaque couleur. La force verte sera en charge de repérer ce qui se réfère à la communication dans le récit, pour la force jaune ce sera le rôle du médiateur, la force orange devra mettre à jour l’articulation et les différences entre ce qui relève de la médiation et ce qui est du ressort de l’autorité.

Les enfants écoutent avec une attention soutenue l’histoire qui se déploie pour eux. Car c’est vraiment pour eux que Martine parle maintenant, avec force et authenticité. La qualité de leur écoute et le silence plein qui règne porte Martine dans son récit, la protège et l’encourage à en dire plus. Les enfants prennent des notes en silence. Elle est émue et surprise de l’être : c’est la première fois qu’elle revisite de cette manière le fil de son parcours de médiatrice.
Au bout de 15 minutes, les mains et le dessus des jeans sont couverts de petits feuillets de couleurs et les têtes bouillonnent de questions. Accompagnés d’adultes, les enfants passent ensuite à l’étape de la catégorisation sur des grandes feuilles.

Toutes les thématiques vues durant cette première rencontre seront développées au cours du module. Cette séance d’introduction aura offert en l’espace de 15 minutes une expérience forte en contenu.

La médiation par les pairs entraîne une posture d’écoute et de non-jugement, face à des situations problématiques où le réflexe culturel est de prendre parti ; un effort parfois immense, car à contre-courant de ce qui est pratiqué de manière générale au sein de l’institution éducative et qui questionne l’autorité telle qu’elle y est pensée et mise en œuvre.

C’est une joie d’avoir créé en si peu de temps les conditions et l’espace pour que les enfants s’écoutent mutuellement, qu’ils se familiarisent avec le silence et ne s’en effrayent pas. Et que des histoires qui tissent du lien et du sens puissent circuler entre générations avec un apprentissage rendu concret par ce dispositif si puissant qu’est la technique du storytelling !

 

 

 

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Une réponse à “Storytelling au Collège”

  1. Super ce récit et cette initiative ! Bravo !!!!

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