Le leadership conscient pour une efficacité accrue

Auteure : Stéphanie Bossé, CRHA

 

Chacun a la possibilité d’être un leader. Souvent, les plus inspirants des porteurs de projet ne sont pas ceux dont c’est la fonction officielle. Un des facteurs qui font d’une organisation un lieu où il fait bon travailler est la qualité du leadership. Lorsque le leadership fait ressortir le meilleur des gens, ceux-ci sont en retour plus courageux, plus créatifs et plus aptes à rendre de meilleurs services.

J’ai accompagné une multitude de leaders durant ma carrière en développement organisationnel. En tant que responsable du développement des compétences, j’ai pu observer l’évolution des attentes envers le leadership en fonction des contextes économiques et sociaux et des cultures organisationnelles. Peu importe leur style ou leur culture, l’attente des organisations demeure l’efficacité.

Ma collègue Sylvie Mercier a été un modèle et une inspiration pour moi. Elle a terminé une carrière dans le réseau de la santé comme directrice adjointe à la réadaptation et à la qualité de la pratique professionnelle. Elle exerce un leadership conscient par une pratique en continu. Si nous avons des données concrètes sur l’efficacité que génère ce type de leadership, l’expérience de Sylvie et ses observations rendent le succès de cette pratique encore plus évident.

L’entraînement au leadership conscient cultive la concentration, la présence attentive, la clarté, la compassion et la bienveillance, favorisant ainsi le bien-être.

Cela se traduit par :

  • la capacité à prendre du recul dans les moments de tempête;
  • une manière d’agir plus posée et agile;
  • la justesse dans la prise de décision;
  • l’amélioration de la qualité des communications interpersonnelles.

Ces compétences permettent de mieux s’adapter à un environnement complexe et de garder le cap malgré les divers changements et incertitudes tout en étant capable de mobiliser les équipes vers la réussite.

Le leadership

Si la plupart des individus sont doués d’une certaine aptitude au leadership, ils doivent néanmoins développer des qualités spécifiques pour exprimer ce leadership à son plein potentiel. C’est par la pratique et l’expérience que s’acquièrent les qualités de leader tout comme la pleine conscience.

Débutons en proposant une définition simple de ce qu’est le leadership : c’est l’art d’amener des personnes à accomplir une tâche volontairement.

Pour un leader, la pleine conscience est génératrice, entre autres, d’efficacité. En  développant notre efficacité et notre capacité à lire l’environnement, nous nous ouvrons à une plus grande lucidité et à une plus grande cohérence entre nos valeurs et nos actions, favorisant ainsi un plus grand bien-être. Ces compétences sont bénéfiques dans toutes les sphères de notre vie et ont des répercussions sur les gens qui nous entourent.

L’efficacité

L’efficacité est une valeur importante en gestion et constitue une préoccupation majeure pour les personnes et les organisations. Comment vivre avec cette pression qui descend du haut vers le bas et avec les nombreuses redditions de comptes? L’efficacité est la capacité d’une personne, d’une chose ou d’une approche à produire les résultats attendus. Sur le plan individuel, l’efficacité consiste à bien utiliser le temps, l’énergie et les talents dont on dispose afin de laisser, ultimement, une empreinte positive sur le monde.

Les leaders qui possèdent un fort sentiment d’efficacité démontrent plus d’aisance dans le recours à leurs compétences clés de leadership. Ils s’y ressourcent plus souvent et avec plus de bénéfices que ceux qui ont un faible sentiment d’efficacité (Anderson et al., 2008). Ils sont capables de plus d’introspection. Ils sont ainsi conscients des possibilités et sensibles aux points de vigilance. Ils possèdent suffisamment d’assurance pour vivre selon leurs valeurs, exprimer leurs convictions et ainsi développer leur propre style de leadership.

Un leadership en pleine conscience

La pratique de la pleine conscience est un parcours que le leader doit aborder avec l’esprit du débutant, soit observer le monde et ses expériences avec un regard neuf, détaché des croyances forgées par le passé. Il s’agit de faire preuve de curiosité, sans attendre un quelconque résultat. Pour ce faire, le leader doit s’offrir des moments de recul au cours desquels il apprivoise la tranquillité et le silence afin de pouvoir faire le vide et prendre une saine distance face à son environnement.

Le leader conscient se démarque par sa capacité à développer sa présence et son attention au quotidien. Il est présent dans ce qu’il accomplit. Il est à l’écoute de lui-même, d’autrui et de son environnement. Plutôt que de s’ancrer dans des mécanismes de défense malsains face à l’adversité, il recherche la clarté en se donnant de l’espace pour porter un regard introspectif et bienveillant sur lui-même et sa performance.

La pleine conscience, c’est :

  • Prendre conscience de ce qui est là : nos multitudes de pensées, nos émotions, notre ressenti et nos actions;
  • Identifier nos habitudes et nos automatismes qui guident et même dictent notre quotidien au travail et dans notre vie personnelle;
  • Observer nos pensées actuelles et se demander si elles sont ancrées dans le passé, dans le présent ou dans le futur;
  • Comprendre ce qui se passe maintenant en adoptant une attitude d’ouverture et de bienveillance;
  • Être présent ici et maintenant sans juger, sans rejeter ce qui se passe, sans se laisser entraîner par l’agitation.

Il faut passer du « mode par défaut » au mode conscient. Par nature, notre esprit ressasse sans cesse. On pense, on fantasme, on planifie, on se raconte des histoires, on questionne le passé, on a peur du futur, on imagine des choses. La pleine conscience nous permet d’ajuster ce « mode par défaut ».

Le leadership conscient exige une connaissance de sa propre personne, de son identité et de ses aspirations. On ne peut séparer la pratique personnelle de la pratique professionnelle : c’est une posture à développer. C’est un parcours où l’on s’entraîne à être ouvert à la découverte, à apprendre, à grandir et à être curieux. On apprend à développer une communication libérée du jugement et empreinte de bienveillance, à véritablement écouter l’autre afin de créer des relations authentiques.

Malgré la turbulence, un praticien de la pleine conscience en situation de gestion difficile invite les personnes à se connecter à ce qui est en présence, offre un espace sécuritaire permettant de prendre du recul et de bien analyser la situation. Cet espace permet de porter un regard plus appréciatif et propice au développement. Il permet également de mieux voir les forces chez l’autre et mobilise ainsi le potentiel vers le but du projet et l’atteinte des objectifs vers lesquels on travaille.

Voici quelques effets bénéfiques de la pleine conscience sur l’efficacité :

  • Augmentation des capacités d’attention (présence attentive) et de mémoire nécessaires au contexte du travail;
  • Diminution du stress par le fait de prendre conscience : cela permet de passer entre autres d’une réaction automatique à une réponse mieux adaptée à la situation stressante;
  • Diminution de l’intensité et de la fréquence des ruminations, des réactions de défense engendrant les émotions négatives;
  • Augmentation de la lucidité dans la prise de décision face aux impacts potentiels.

Les petits pas à intégrer pour un leader conscient

Le cheminement vers le leadership conscient se fait pas à pas en intégrant des moments de pratique dans le quotidien au travail. L’entraînement régulier sur une période de temps suffisante permet de sortir de l’agitation chronique, de l’immédiateté et de la réactivité et de revenir à l’instant présent. Les méthodes informelles offrent des moyens accessibles d’intégrer l’entraînement à la pleine conscience sans trop ajouter à la liste de choses à faire.

Sylvie mentionne que dans le quotidien du travail, les transitions entre les tâches sont une belle opportunité d’intégrer des moments de pratiques informelles de pleine conscience, plus spécifiquement de respiration consciente. Elle nous propose d’oser intégrer un moment d’arrêt bénéfique dans notre quotidien.

Voici quelques exemples de pratiques informelles de pleine conscience :

  • Respirez à fond avant d’ouvrir un autre document ou un autre onglet;
  • Portez votre attention sur vos sensations lorsque vous sortez d’une rencontre;
  • Lorsque vous vous déplacez pour aller à une rencontre, concentrez-vous sur les bruits ambiants et sur le balancement de votre corps au lieu de ressasser les discussions passées ou de planifier votre prochaine rencontre;
  • Prenez l’escalier plutôt que l’ascenseur et montez en pleine conscience en harmonisant vos pas à votre respiration;
  • Utilisez les feux rouges comme des cloches de pleine conscience. Ralentissez, arrêtez de penser et profitez-en pour respirer;
  • Évitez de vous précipiter avant de répondre au téléphone. Respirez deux fois avant de répondre et vous serez ainsi présent pour la personne qui appelle;
  • Avant d’arriver à une rencontre, visualisez une personne calme et sereine. Prenez refuge dans cette personne pour rester calme;
  • Téléchargez une cloche de pleine conscience dans votre ordinateur et réglez-la de façon à ce qu’elle sonne tous les quarts d’heure. Étirez-vous et détendez-vous à chaque fois qu’elle sonnera.

Un leader plus conscient sera non seulement plus efficace, mais il aura aussi un effet bénéfique sur son bien-être et celui de son équipe. À méditer!

 

Venez découvrir les témoignages recueillis suite à l’activité du 22 octobre 2019 sur le leadership conscient et efficace avec l’approche de l’enquête appréciative, une expérience vitalisante.

 

Références pour approfondir le sujet :

  • Audebrand, Luc K. (2018). Le management responsable. Une approche axiologique. Québec, Presses de l’Université Laval, 200 pages.
  • Choi, Ellen, et Michael J. Rouse (2014). Leadership en pleine conscience. Cultiver la sagacité et la sagesse au travail. Ivey Business School.
  • Thich Nhat Hanh (2014). L’art de communiquer en pleine conscience. Montréal, Le Jour, 176 pages.
  • Kabat-Zinn, Jon (2012). Au cœur de la tourmente, la pleine conscience. Le manuel complet de MBSR, ou réduction du stress basée sur la mindfulness. Paris, J’ai lu, 794 pages.
  • Marturano, Janice (2016). Leadership conscient. Guide pratique pour diriger en pleine conscience. Bruxelles, De Boeck Supérieur, 220 pages.
  • Peillod-Book, Lise, et Rébecca Shankland (2016). Manager en pleine conscience. Devenez un leader éthique et inspirant. Malakoff (France), Dunod, 262 pages.
  • Diana Whitney, et al. (2019). Pratique de l’Appreciative Inquiry dans les établissements de santé. Paris, InterÉditions, 220 pages.
Domaines :
Secteurs d'activités :
Méthodes et outils :

Laisser un commentaire