La force des questions puissantes

Traduit et adapté d’un article par Tenneson Woolf et Kathleen Masters.

On dit souvent qu’il n’y a rien de plus puissant qu’une bonne question. Si le leadership participatif était un feu, une bonne question serait  l’allumette ou l’étincelle qui l’allume. En effet, une question peut avoir un impact significatif sur le succès d’une conversation; elle peut provoquer un partage dynamique ou, au contraire, carrément bloquer les apprentissages collectifs.

Il y a tellement de façons d’améliorer les questions, en-voici quelques-unes pour stimuler vos réflexions:

La question est-elle significative?

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Bien sûr, évidemment. Significative pour les personnes qui y participent. Significative pour le projet que vous soutenez. Est-ce qu’elle nourrit l’objectif principal de votre travail? Est-ce qu’elle mène vers des prises de conscience? Remarquez que vous n’avez pas à fournir le sens. Il s’agit de poser une question qui aide les gens à découvrir ce qui est significatif. Par exemple, « Pourquoi ce projet est-il important pour vous? », « Pourquoi importe-t-il? », « Quel impact aura-t-il? ».

La question invite-elle à la curiosité et la pensée réflexive?

Être curieux envers les autres contribue à l’engagement d’apprendre ensemble. Parfois, la simplicité de questions de type « oui » et « non » suffit pour favoriser l’engagement. Mais pas toujours. Il faut voir à travers le kaléidoscope des multiples perspectives de multiples personnes. Par exemple, « Que se passe-t-il ici réellement? », « Quelles sont les façons fructueuses de réfléchir à cet enjeu?, « Si on suspendait toutes certitudes pour un moment, qu’est-ce qui pourrait se révéler? ».

Est-ce que la question remet en question les présupposés?

Avez-vous déjà été dans une conversation où un présupposé semble tout bloquer? Par exemple, « Nous n’avons pas de budget donc nous ne pouvons rien faire ». Parfois, les meilleures questions à nous poser sont celles qui font fi de ces présupposés, ne serait-ce que pour un instant. « Et si le budget n’était pas l’enjeu? ». « Si nous avons besoin de la créativité et de la débrouillardise quelles autres ressources peuvent nous être utiles, et ce, même sans budget? ». Les questions qui remettent en question les présupposés nous permettent d’accéder aux racines de notre pensée.

La question mène-t-elle à d’autres questions?

Ceci peut être frustrant pour certains. Après tout, à quoi ça peut servir de créer une pile désordonnée de questions qui freinent l’action? C’est évidemment important de passer à l’action, cependant nous vivons souvent dans une culture qui met en priorité les réponses. On nous enseigne d’avoir de la certitude (ou bien de faire semblant), parce que les bons leaders agissent avec certitude et ont des réponses.

Un des changements plus large que nous créons dans le leadership participatif consiste à pratiquer la curiosité profonde (inquiry). Nous nous identifions aux questions que nous nous posons, et par le fait même, nous sommes en mesure de poser des questions ensemble. Pour la plupart d’entre nous, les questions nous animent et nous vivifient. Elles invitent les personnes à réfléchir à haute voix sur les vérités qu’elles explorent. Par exemple, « Qu’est-ce qui est différent dans les opportunités et les défis auxquels nous faisons face en ce moment? », « Qu’est-ce qui reste pareil? », « En quoi est-ce relié à notre mission? ».

La question est-elle simple?

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Les meilleures questions, celles qui suscitent le plus grand engouement, sont souvent les plus simples. Ces questions sont courtes et vont directement au but. « Pourquoi est-ce important pour vous? » est souvent meilleur qu’une question sans fin qui comporte la même idée générale. « Dans le contexte plus large d’une église qui se réinvente, avec un désir pour une plus grande participation, compte tenu de notre engagement envers Dieu et la communauté défavorisée, qu’est-ce qui nous importe le plus en ce moment? ». La première est une question à laquelle les gens peuvent s’accrocher. Elle peut ancrer plusieurs pensées et d’autres questions. La seconde est une bonne question avec un bon contexte, mais elle peut être plus difficile à comprendre.

C’est une bonne chose que de nuancer vos questions. Tout le contexte importe dans une bonne question simple. Vous pouvez en parler à haute voix à votre groupe mais la question que vous écrivez au tableau devrait être une version simplifiée.

La question ouvre-t-elle des possibilités?

Nous accordons tellement d’attention aux problèmes, que cela demande de la rigueur pour se concentrer sur ce qui est possible. Les questions qui évoquent des possibilités sont souvent celles qui stimulent la créativité et l’imagination. Elles nous permettent de constater où se trouve notre énergie.

Par exemple, « Que-ce que cela pourrait également être? ». Les mots « également être » sont importants puisqu’ils ne nient pas qu’il y ait déjà de l’effort et de l’attention. Mais la question nous met au défi de penser à un autre niveau de pertinence, une autre couche dans l’évolution de notre travail et de nos projets.

La question encourage-t-elle un sentiment collectif de bienveillance?

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Il existe des questions qui mettent en lumière la confiance et la bienveillance que l’on veut l’un de l’autre. Par exemple, « Ceci est pour qui, réellement? » ou « Si nous agissions avec de la compassion, qu’est-ce qui nous apparaîtrait comme étant essentiel? ».

Il y a des façons de rester centré sur l’amour. « Qu’aimez-vous dans ce groupe? ». Ou « Qu’aimez-vous de ce que vous apprenez en ce moment? »

S’il y a besoin d’avoir la contribution des participants, demandez « Quel pourrait être votre prochain niveau de contribution? » ou « Quelle contribution pourrait satisfaire vos aspirations les plus profondes? ».

La question recherche-elle plus qu’une réponse « oui » ou « non »?

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Les questions « oui » et « non » sont divertissantes, mais si vous souhaitez créer une interaction plus profonde, posez des questions qui nécessitent des réponses plus élaborées. Par exemple, au lieu de poser la question « Aimez-vous la façon dont les choses se passent? », demandez avec une question ouverte « Qu’est-ce qui pour vous est important dans la façon dont les choses se passent? ». Ou, pour aller encore plus en profondeur, « Qu’est-ce que vous voyez qui se passe ici »? Il y a des moments où les données et le savoir sont nécessaires. Dans ces cas, on a tendance à poser des questions sur ce qui « fonctionne » et « ne fonctionne pas ». Souvent, c’est davantage dans l’intérêt du groupe de poser des questions qui invitent l’expérience. Par exemple, « Quand avez-vous vécu une bonne écoute? ».

La séquence des questions est-elle appropriée?

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Si vous vous trouvez dans une situation où vous allez poser plusieurs questions, assurez-vous de choisir une séquence logique. Ne commencez pas avec une question qui demande des conclusions, il vaut mieux attendre la fin avant de la poser. Commencez avec quelque chose qui amène les gens dans une réponse partagée. Si vous recherchez des réponses en lien avec, par exemple, l’hospitalité, une bonne première question serait « Quand avez-vous vécu un moment d’hospitalité? ». Une deuxième série de questions peut lier la conversation à votre contexte. Par exemple, « Quelle hospitalité espérez-vous ici ? ». Ceci ramène l’attention des gens à leurs propres besoins. Une troisième question invite à l’application. « Quelle forme d’hospitalité vous sentez-vous inspirés d’expérimenter ici? ». La question est une invitation.

Astuces

  • ­Il ne s’agit pas juste d’assembler des mots dans une syntaxe significative. Poser des bonnes question est une posture et une attitude, l’art de vivre une véritable curiosité et de croire que le groupe peut mettre au centre du savoir auquel on ne pourrait pas accéder tout seul.
  • Résistez à la tentation de vouloir tout régler trop rapidement. Certaines questions se doivent de ne pas avoir de réponse en 20 minutes ou 1 heure. Certaines devraient prendre plus longtemps. C’est acceptable de lancer une question pour une durée déterminée, mais soyez transparent dans la façon dont vous le dîtes. C’est bien pire si les gens remarquent collectivement que vous avez fait semblant de régler l’enjeu.
  • Remarquez qu’il y a un choix important au niveau de la formulation – qu’elle soit formulée avec « vous » ou « nous ». Souvent, au début, formuler avec le « nous » du groupe peut être paralysant. Commencez avec des questions avec « vous » pour faire émerger l’expérience des interlocuteurs. Par exemple, « Selon vous, qu’est-ce qui est possible ici? ». Ceci est différent que de demander aux gens ce que « nous » croyons qui est difficile. Quand tout le monde parle personnellement, un sentiment collectif perceptible émerge, ce qui prépare le groupe pour des questions avec « nous ».
  • D’un côté, la question que vous posez est très importante alors préparez-la avec toute votre attention. D’un autre, sachez que plusieurs questions sont interconnectées. Même si vous ne posez pas la question parfaite, sachez que la question créera probablement un point d’entrée pour accéder à d’autres questions importantes.

Pour découvrir une activité qui aide à développer des questions puissantes, lisez ce billet de blogue.

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Une réponse à “La force des questions puissantes”

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