Une expérience de l’approche enquête appréciative pour porter un regard nouveau sur le système de santé: compte rendu de l’activité du 30 mai dernier.

Une expérience de l’approche enquête appréciative pour porter un regard nouveau sur le système de santé: compte rendu de l’activité du 30 mai dernier. Par Oscar Chica

 

Nous avons tous lu ou entendu dans les médias que notre système de santé est malade et que les professionnels de la santé sont à bout de souffle.

Prendre conscience de ce qui ne fonctionne pas nous permet de commencer à régler le problème. Mais aborder un problème uniquement à partir de ce qui ne fonctionne pas peut à la longue générer du pessimisme et du découragement, et ainsi contribuer à empirer le problème.

C’est pourquoi Percolab a invité les gens qui ont le système de santé à cœur à l’événementUne expérience de l’approche enquête appréciative pour porter un regard nouveau sur le système de santé, qui a eu lieu le 30 mai 2019 à Montréal à l’espace collaboratif ECTO. L’intention de cet événement : vivre une expérience de l’approche enquête appréciative pour transformer le système de santé et souligner le lancement du livre Pratique de l’appreciative inquiry dans les établissements de santé. L’espoir des organisateurs, Stéphanie Bossé et Benjamin Duval est clairement nommé:démarrer une conversation collective sur le sujet pour créer un mouvement social et transformer le système en profondeur.

En entrant à l’ECTO, la cinquantaine de participants ont été accueillis avec le sourire. On leur demandait de piger une des cent cartes des Clés des dynamiques de groupes, conçues pour inspirer les activités participatives, de façon à mettre tout de suite les participants dans l’esprit de l’événement.

Un buffet comprenant vins et bouchées gourmandes était offert aux participants, qui ont tout de suite trouvé une ambiance conviviale propice aux rencontres et aux échanges. Les gens se saluaient spontanément et faisaient connaissance en partageant leurs attentes face à l’événement. Les organisateurs ont pris soin de ne pas couper court à cette création d’une atmosphère positive par les participants eux-mêmes, qui ont ainsi pu se déposer et se mettre pleinement dans l’esprit de l’événement, et ce, malgré une journée possiblement mouvementée au travail.

Un fish bowl pour mettre la table

Au son de la cloche, les participants ont été invités à s’assoir en cercle sur les chaises et sofas confortables de l’ECTO.

Les gens de Percolab aiment faire les choses différemment, d’une façon qui stimule la participation et la créativité. Pas question de présenter l’événement avec le traditionnel monologue de bienvenue. La formule choisie a plutôt été celle du fish bowl : une discussion ouverte et non dirigée, facilitée par Stéphanie Bossé, où les gens étaient invités à présenter leur rapport à l’approche enquête appréciative et leur présence à l’événement.

 

Au centre du cercle, assis sur cinq poufs, deux facilitateurs et trois animateurs :

  • Stéphanie Bossé, facilitatrice, praticienne appréciative et experte en innovation organisationnelle chez Percolab;
  • Benjamin Duval, facilitateur et invité spécial de France, coach et praticien appréciatif. Il est un pionnier et un acteur important du déploiement de l’approche enquête appréciative en France, où il a contribué aux démarches faites dans le système de santé français;
  • Stéphanie Raymond-Carrier, animatrice, néphrologue et directrice adjointe des services professionnels au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal;
  • Sylvie Mercier, animatrice, directrice adjointe à la réadaptation et à la qualité de la pratique professionnelle au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal;
  • Antoine Daudelin, animateur, psychologue organisationnel.

De gauche à droite : Sylvie Mercier, Stéphanie Raymond-Carrier, Benjamin Duval, Stéphanie Bossé, Antoine Daudelin.

Les facilitateurs et animateurs discutaient de leurs espoirs pour l’événement, puis cédaient leur place sur l’un des poufs à quiconque dans le grand cercle désirait se joindre spontanément à la conversation. Voici quelques-uns des espoirs exprimés par les gens au centre du fish bowl :

  • faire vivre l’approche enquête appréciative (AEA) aux gens présents et la faire connaître à un public plus large;
  • vivre l’expérience de l’AEA pour la reproduire ailleurs;
  • se servir de l’AEA pour générer de l’espoir chez les gens œuvrant dans le système de santé;
  • faire vivre l’expérience de l’AEA aux hautes directions pour donner des ailes aux gens tout en leur permettant de voir leurs angles morts;
  • apprendre à suspendre le jugement, au moins momentanément, pour se laisser inspirer par les belles histoires de succès;
  • bonifier les approches traditionnelles en gestion;
  • voir les gens développer le réflexe de voir le positif et ainsi adopter l’AEA sans nécessairement s’en rendre compte.

La table était mise. Nous savions pourquoi nous étions là : pour découvrir, ensemble, une façon nouvelle de voir et de faire les choses.

Un check-in pour se plonger dans l’expérience

Le check-in est un moment d’accueil au début d’une réunion ou d’un atelier conçu pour permettre à chacun de se déposer et de briser la glace, ce qui favorise la prise de parole et la participation de tous.

Pour ce faire, les facilitateurs ont demandé aux participants de former deux cercles concentriques au centre du local. Ces deux cercles, formés d’un nombre égal de personnes, se faisaient face, c’est-à-dire que les gens du cercle intérieur faisaient face aux gens du cercle extérieur, de façon à ce que chaque participant trouve en face de lui un interlocuteur. Les participants étaient successivement invités à partager un moment de joie, puis un moment de découverte de leur superpouvoir.

Nous avons entendu beaucoup de rires et même aperçu quelques personnes verser des larmes d’émotion devant leur interlocuteur, qui accueillait ces larmes avec autant d’émotion. Quelle meilleure façon de briser la glace et de créer un environnement propice aux échanges cœur à cœur?

L’approche enquête appréciative en action

L’exercice suivant consistait à mener des entrevues par questions appréciatives pour imaginer ce qui se passerait si on pouvait créer une culture de soins de haute qualité qui célèbre le meilleur des soignants, des patients et des familles, qui embrasse les opportunités d’amélioration avec optimisme et qui construit une collaboration basée sur la confiance et la conviction réciproque que le meilleur réside en chacun de nous.

Six thèmes étaient proposés pour les entrevues :

  1. Prendre soin des soignants;
  2. Travailler ensemble;
  3. Le leadership efficace;
  4. Favoriser la santé des patients;
  5. Recruter et garder les meilleurs;
  6. L’excellence organisationnelle.

Les animateurs ont demandé aux participants de se répartir en six sous-groupes selon le thème qui les interpellait. Ensuite, les participants étaient invités à se répartir en dyades pour mener les entrevues à partir des questionnaires appréciatifs proposées pour chacun des thèmes. Dans chaque dyade, chacun était successivement l’intervieweur et l’interviewé. L’objectif était d’amener l’interviewé à raconter ce qui lui était arrivé de meilleur au travail. Voici le genre de questions qui étaient posées :

  • Repensez à la dernière fois où vous avez aimé votre métier, même si c’était bref. Que se passait-il? Qu’est ce qui le rendait si passionnant?
  • Imaginez que l’on vous confie la direction d’une organisation demain. Que faites-vous pour vous assurer que chacun puisse donner le meilleur de lui-même dans son travail?
  • Quels sont les premiers petits pas que vous pourriez faire aujourd’hui pour vous permettre de faire advenir ce futur que vous souhaitez ? De quel soutien auriez-vous besoin?
  • Ces échanges à deux ont permis d’approfondir les liens positifs qui avaient déjà commencé à se former lors de l’exercice précédent.

Après les entrevues, les participants revenaient au sein de leur sous-groupe, où chaque intervieweur devait ensuite résumer en 1 minute l’histoire qui lui avait été racontée. Le sous-groupe devait ensuite tirer de ces histoires de réussite des leçons positives pour l’avenir. Le fait de raconter dans ses propres mots l’histoire de son partenaire de dyade a permis à chacun de se mettre dans la peau de l’autre et de partager son sentiment de réussite. Ce genre d’exercice développe l’empathie et favorise la compréhension et l’appréciation mutuelles.

Une grande feuille avec une fleur dessinée dessus était mise à la disposition de chaque sous-groupe. Dans le centre de la fleur était inscrit le thème choisi. Sur les pétales, les participants écrivaient leurs rêves et désirs pour l’avenir en s’inspirant des entrevues. La fleur permettait de distiller et de visualiser l’essence des échanges. Après l’exercice, les fleurs de chaque sous-groupe ont été exposées au fond de la salle pour partager les inspirations avec tous les participants.

Ce genre d’exercice permet à un groupe de puiser une inspiration collective dans les succès et joies de chacun, de ressentir une solidarité nouvelle et d’établir une vision commune pour l’avenir. Voilà une belle façon de créer une dynamique d’équipe génératrice d’énergie positive!

 

Un check-out pour repartir énergisé

Pour conclure l’événement, les participants ont été invités à faire un check-out, dont le but est de faire le bilan de leur expérience et de le partager avec autrui. Pour ce faire, les participants ont reformé le grand cercle du début. Les animateurs ont alors fait la lecture d’un petit guide sur les sept bonnes pratiques appréciatives dans les établissements de santé :

  1. Le retournement du négatif en positif;
  2. La rumeur positive;
  3. L’entrée en matière appréciative;
  4. Le partage d’histoires inspirantes;
  5. La culture de la curiosité plutôt que le jugement hâtif;
  6. L’encouragement à l’introspection et à la pleine conscience;
  7. La création de paires improbables.

Chaque participant a alors été invité à partager avec le groupe dans quel état d’esprit il quittait l’événement et d’expliquer laquelle des sept bonnes pratiques il avait l’intention d’intégrer dès maintenant à sa façon de travailler.

Les participants ont dit être ressourcés, inspirés, énergisés, remplis d’espoir pour l’avenir et intéressés à explorer davantage l’AEA dans leur milieu de travail. Le témoignage qui résume le mieux l’état d’esprit dans lequel se trouvaient les gens est celui de Stéphanie Raymond-Carrier, une des animatrices : « Je dois vous avouer que je suis arrivée aujourd’hui en panne d’espoir. Mais là, je repars ressourcée et forte d’un espoir renouvelé, et je vous en remercie! »

Et la suite?

Cet événement a été conçu comme l’amorce d’une conversation collective visant à transformer le système de santé, mais aussi à transformer en profondeur la façon qu’ont les gens de travailler ensemble. L’intérêt de poursuivre sur cette lancée a été confirmé par plusieurs participants qui ont signifié leur souhait et leur besoin d’être soutenues dans la démarche et qui ont dit vouloir participer à d’autres activités pour devenir des agents de changement.

Percolab annonce dès maintenant qu’une série d’activités auront lieu! Les prochaines dates sont le 24 septembre 2019 sur le thème de « Prendre soin des soignants » et le 24 octobre 2019 où le « Leadership efficace et conscient » sera exploré. s’inscriront dans une série d’activités sur les douze thèmes que comporte le livre Pratique de l’appreciative inquiry dans les établissements de santé.

Et qui sait? Peut-être que de nouveaux réseaux et de nouveaux projets naîtrons de cette série d’activités! Une chose est certaine un travail sera avec les personnes de coeur à partir des forces du système pour insuffler de l’appréciatif. Soutenir et réfléchir sa pratique et sur le système de santé pour donner de l’énergie et du souffle: c’est ce que souhaitent les gens de Percolab.

 

Vous pouvez en savoir plus sur les activités et vous inscrire ici: http://www.percolab.com/events/porter-un-regard-appreciatif-sur-le-systeme-de-sante/

 

Le livre Pratique de l’appreciative inquiry dans les établissements de santé est en vente chez Percolab: Contactez stephanie@percolab.com pour vous le procurer.

 

 

Ce que des participants ont dit de l’événement

 

« Belle soirée, déroulement agréable et riche en expérimentation et partage. »

(Marc Labonté)

 

« J’ai beaucoup aimé l’expérience. Approche dynamique, atmosphère très conviviale et propice à l’apprentissage. »

(Rachel Fournier)

 

« C’était vraiment un super événement! Une soirée qui a passé trop vite! Et quel sujet!! On en veut encore! Une deuxième soirée, svp! Et merci de partager votre passion avec nous! Vous changez des vies! »

(Nancy St-Sauveur)

 

 

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Porter un regard positif sur le réseau de la santé avec l’approche enquête appréciative (AEA)

 

“Very great change starts from very small conversations

held among people who cares.”

 

Tout le monde a son histoire avec le réseau de la santé. Les nouvelles le concernant sont rarement joyeuses. Comme société, la limitation des ressources exerce une pression constante sur le système. Le dévouement des acteurs du soin fait pourtant l’unanimité. Comment bâtir ensemble comme communauté sur cette force vive.  

Les professionnels[1]qui y travaillent nous témoignent vouloir donner un service exemplaire. Ils ne savent plus comment faire mieux, plus vite, avec moins. J’y ai travaillé pendant vingt ans. Je me suis repositionnée pour l’observer et le voir plus globalement. Je suis allée voir ailleurs pour revenir avec de nouvelles idées. Ce n’est pas plus vert ailleurs, ni aux États-Unis ou en France. Les défis sont énormes. J’oserais dire qu’ils sont à la hauteur de l’engagement de ceux qui y travaillent. Pour nous,  l’utilisation de cet engagement intrinsèque est un générateur de vitalité sur lequel nous pouvons bâtir en utilisant des approches collaborative, telles que l’approche enquête appréciative (AEA). Celle-ci est unificatrice et puissante, pouvant soutenir le système de santé dans les défis auxquels il fait face.

Le livre Pratique de l’Appreciative Inquiry dans les établissements de santé sera lancé au Québec le 30 mai prochain à Montréal. Pour l’occasion, les acteurs du système sont invités à vivre une expérience de l’AEA qui vise à mettre en valeur les forces du système et les histoires de succès et ainsi générer un élan de vitalité et de créativité pour aborder le futur avec espoir.

Le livre propose d’abord d’explorer les questions génératives et de l’appliquer à trois grands thèmes relatifs au monde du soin : le patient, le travail d’équipe et l’organisation. Ses auteurs, Whitney et al., souhaitent offrir une référence aux professionnels pour leur permettre de développer la pratique de l’AEA comme philosophie. Ils présentent la question positive comme un outil transformationnel du système. Le dernier chapitre de la version française du livre est un ajout précieux où sont relatés des témoignages de l’apport de l’AEA dans des établissements de santé en France. Mon collègue Thierry Brigodiot nous transmet avec soin l’expérience vécue. Finalement, sept pratiques appréciatives sont formulées spécifiquement pour les soins de santé et auxquelles on peut s’exercer autant dans le travail que de façon personnelle.

Le 30 mai prochain**, vous pourrez écouter les histoires appréciatives vécues au Québec et prendre un moment pour partager un regard sur ce qui fonctionne bien dans le réseau et présenter votre pratique de l’AEA. Nous souhaitons cocréer avec les participant.es un narratif positif et inspirant, qui donnera un élan pour agir ensemble,  se mobiliser dans la pratique de l’AEA et ainsi rendre plus fort le mouvement d’amélioration perpétuel du système.

Venez « imaginer ce qui se passerait si vous pouviez créer une culture de soins de haute qualité qui célèbre le meilleur des soignants, patients, et des familles, qui embrasse les opportunités d’amélioration avec optimiste et qui construit une collaboration basée sur la confiance et la conviction réciproque que le meilleur réside en chacun de nous »[2].

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**Ajout du 1er août 2019: Deux nouveaux événements auront se tiendront le 24 septembre 2019 et le 22 octobre 2019 de 18h à 20h30 à surveiller dans la page événement de notre site Percolab.com . Détails à venir.

Écrivez à stephanie@percolab.com pour réserver votre place!

 

[1]Le terme « professionnels » est utilisé de façon inclusive. Chaque métier ou corps d’emploi est considéré comme professionnel, puisque soumis à des standards élevés. Il y a plus de 300 titres d’emploi dans le réseau, incluant médecin, gestionnaire, infirmière, travailleur social, ergothérapeute, électricien, cuisinier, préposé aux bénéficiaires, etc.
[2]Whitney, Diana, et Al , Pratique de l’Appréciative Inquiry dans les établissements de santé”, InterÉditions, 2019 p.16. Traduit par Christine Cayré.
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Les vertus du conflit

Qui n’a pas été au cœur d’un conflit involontairement, même sans mauvaise intention? Situation désagréable, s’il en est une. Le conflit, faut-il l’éviter, l’affronter? Comment, dans une perspective collaborative, voir un conflit comme générateur d’énergie positive et d’innovation?

Lors d’une séance de travail avec ma collègue Samantha Slade, auteure du livre Going Horizontal, je l’invitai à utiliser seulement le terme « relations » pour intituler le domaine de pratique qu’elle propose dans son livre comme « relation et conflits ». Mon intention était de favoriser une perspective appréciative.  Elle me répondit simplement : « C’est une croyance de penser que le conflit est négatif. » Samantha a la qualité de doucement nous remettre en question et de nous refléter nos paradigmes verticaux! Moment révélateur pour moi!

Est-ce que les conflits sont implicitement négatifs? Poser la question c’est y répondre. Pourquoi j’ai cette croyance et comment m’en défaire? Je vous propose de cheminer avec moi dans cette réflexion.

Dans cet article, nous explorons comment redéfinir le conflit pour le traverser, et comment, par des pratiques collaboratives, nous pouvons embrasser l’autonomie et la responsabilisation dans nos relations et ainsi changer la culture de nos organisations et même de la société. Il est possible par divers types d’activités de développement d’adopter une pratique collaborative et s’améliorer,  nous  vous en proposons quelques-uns.

 Redéfinir le conflit

Que l’on parle de chicanes, d’hostilité, de disputes, de désaccords, etc., cela contient toujours une charge émotionnelle vive. La majorité d’entre nous (je suis la première) ne veut pas aller dans cette zone. Ce n’est pas valorisé dans notre société d’être perçu comme conflictuel, et les personnes prenant part ou étant instigatrices de conflits sont jugées négativement. À la base, il s’agit souvent de problèmes de communication ou de perceptions.

Dans son livre Going Horizontal, Samantha prend soin de nous inviter à réaliser que les désaccords font partie de la vie, et ce, autant au travail que dans la sphère personnelle. Les accueillir comme incontournables nous permettra d’être plus compétents pour les traverser, de façon individuelle et collective.  Elle va plus loin en spécifiant que c’est la pierre angulaire des organisations saines que de développer les compétences d’être conscient, de s’exprimer, d’écouter et de prendre soin des relations, pour non seulement faire face aux conflits, mais les parcourir pour grandir.

En approche enquête appréciative, valoriser la différence est une des prémisses. Et si nous arrivions à percevoir le conflit comme un signal que nous faisons face à quelque chose de différent ou d’inconnu et que cela nous permet de saisir une opportunité de s’élever.

Adopter des pratiques collaboratives

Il nous faut développer de nouveaux comportements et les mettre en pratique pour favoriser un regard bienveillant face au conflit. Les auteurs s’entendent pour valoriser une approche rationnelle et factuelle pour amorcer une résolution de conflit.

Par exemple, Gislaine Labelle, auteure de cinq livres sur le sujet et FellowCRHA, propose le processus de recadrage dans son livre Agir comme médiateur pour désamorcer les conflits.  Il s’agit, lors d’une de médiation, de :

  • mettre en contexte de la problématique basée sur des faits;
  • présenter les points de vue convergents; nommer les points de vue divergents;
  • partager les besoins et attentes ainsi que les irritants et les solutions;
  • et terminer par des attentes communes pour assurer la suite.

Dans le même sens, Marshall Rosenberg, célèbre créateur de la méthode Communication Non Violente, présente aussi quatre étapes pour favoriser la réconciliation :

  • observer sans juger;
  • parler de ses sentiments;
  • nommer l’objectif à atteindre;
  • et, finalement, demander ce qui contribuerait à notre bien-être.

Dans le chapitre sur relations et conflits du livre Going Horizontal, la méthode Situation-Comportement-Impact est présentée pour favoriser des communications efficaces. L’auteure, Samantha Slade, nous accompagne un peu plus loin dans nos pratiques et stimule la réflexion sur nos propres comportements à adopter :

  • Favoriser les relations dans le groupe : en intégrant des rituels et des moments de rencontre pour apprendre à se connaître.
  • Être conscient : d’abord de ses propres réactions et savoir les reconnaître; en venir à savoir ce qui nous met en état de réagir (ex. : la fatigue, le stress); identifier nos déclencheurs (ex. : lorsque quelqu’un est en retard, quand il y a un sentiment d’injustice) et comprendre d’où ils viennent.
  • S’exprimer de façon constructive : mettre en pratique les modèles de communication cités précédemment et valoriser ce comportement, en donnant du feedback par exemple.
  • Valoriser les différences : prendre conscience que le conflit fait partie de nos vies et intégrer des moyens pour le traverser. Dans une culture horizontale, les conflits sont vus comme systémiques, et tous ont la responsabilité de s’impliquer à prendre action quant aux différents facteurs qui le suscitent.

De petits pas vers un changement de culture porteur de créativité et d’innovation

Suite à la pratique de nouveaux comportements dans les situations potentiellement conflictuelles, un changement de culture s’opérera vers une approche inclusive et horizontale des relations et conflits, c’est ce qui est souhaité ultimement.  Les conséquences de ne pas amorcer ce virage sont nombreuses. Il est faux de croire qu’un conflit affecte seulement les personnes concernées. En effet, les dommages collatéraux sont grands et se répercutent sur: l’ensemble de l’équipe de travail en créant un climat désagréable; sur l’efficacité de l’organisation puisque les gens peuvent prendre des décisions douteuses en faisant de l’évitement; et sur les familles des victimes d’un milieu de travail propice aux stress et aux relations néfastes.

À l’opposé, développer la capacité de bien vivre avec les conflits est moteur d’innovation et de performance organisationnelle. Chercheure à Harvard, Linda Hill l’illustre par des résultats de recherche dans son livre Collective Genius. Elle explique pourquoi embrasser les différences de points de vue permet d’activer la créativité. Elle appelle cela la création abrasive qui constitue une des trois composantes de la capacité d’innovation avec la résolution créative et l’agilité créative.

Trois compétences à développer donc. Qu’en est-il de la résolution créative?

Un article paru dans La Presse électronique du 29 décembre 2018, intitulé L’Art de faire la paix[1]et écrit par Yves Boisvert, rapporte que le système judiciaire québécois a fait un virage en incluant des séances de médiation dans son processus. Louise Otis, juge à la Cour d’appel du Québec mentionne :

« L’autre chose qu’on observe, c’est que le conflit, ce n’est pas seulement le rapport avec l’autre. C’est le rapport qu’on a par rapport à soi-même. La réconciliation, ça commence par se réconcilier soi-même avec sa détresse. »

Nous sommes heureux de savoir que les résultats sont excellents. La pratique de la médiation fait aussi de plus en plus partie des pratiques de relations de travail. Les organisations tendent aussi à se doter d’une politique de résolution responsable des conflits. Au-delà des processus formels, comment chacun d’entre nous peut développer des réflexes favorisant une approche du responsable conflit?

Des activités de développement pour apprendre et pratiquer

L’auteure Samantha Slade et notre coopérative Percolab proposent des moyens innovants pour contribuer au développement de cette culture. Par l’utilisation d’approches collaboratives, nous accompagnons les organisations et les équipes de travail vers l’autonomie et la responsabilisation collective dans la création de sens.  Nous offrons des accompagnements sur mesure. En prenant action, en utilisant les forces de votre organisation, les bénéfices sont nombreux.

Le 12 janvier dernier, Karine Zufferey de Percolab France et Marie-Laure Durand, anthropologue et philosophe française, nous ont présenté leur approche de la médiation lors d’un atelier d’échange de pratique Going Horizontal. Une façon de faire qu’elles enseignent, comme un jeu, autant aux adultes qu’aux enfants. Lors de cet atelier elles ont testé avec nous un outil visuel qui facilite l’accompagnement et rend concret le passage des portes pour les médiés.

Karine et Marie-Laure ont aussi soutenu l’équipe de Percolab Québec lors d’une médiation pour deux de nos membres où toute l’équipe était présente comme témoin privilégié. Ce qui nous a permis d’évoluer et de grandir ensemble. Si je reconnais que cela a été inconfortable pour moi, ce fut une étape enrichissante et innovante que nous intégrerons dans nos pratiques. Une équipe est plus forte quand elle chemine ensemble.

Je retiens les paroles de Marie-Laure Durand :

“Il n’y pas de relations sans noeuds, le problème arrive quand nous bloquons ce noeud. Comment puis-je faire pour le voir arriver?”

Pour répondre aux besoins du plus grand nombre et favoriser le développement d’une communauté forte, Percolab offre en continu des activités destinées à tous.

Les relations et conflits sont un des sept domaines de pratique pour fonctionner horizontalement. Percolab propose divers moyens pour vous accompagner dans votre réflexion et vous soutenir dans vos pratiques collaboratives. Nous offrons un groupe de lecture pour échanger sur le livre Going Horizontal. De plus, une formation intensive Going Horizontal de niveau international se tiendra dans la région de Montréal du 12 au 14 février 2019. Des échanges de pratique Going horizontal sont tenus régulièrement. Pour plus d’informations, consultez la rubrique événements  sur notre site internet http://www.percolab.com/evenements/

Une culture se change une personne à la fois. Je m’efforce chaque jour d’avoir une pratique réflective et de prendre les moyens pour reconnaître mes blessures et mes croyances pour aller au-delà de mes paradigmes. Je peux m’appuyer sur des collègues bienveillants qui me supportent  dans cette pratique en m’accueillant et en  m’offrant du feedback appréciatif.  En retour, j’espère être présente et à l’écoute de leurs besoins.  Aristote a dit :

« L’homme est un être sociable ; la nature l’a fait pour vivre avec ses semblables. »

Il n’a pas dit que c’est toujours facile, mais c’est certainement beau et riche!

 

 

[1]http://plus.lapresse.ca/screens/ecafe50c-f01c-4171-9c94-937e04f93029__7C___0.html

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