Innover en formation… … pour surfer avec agilité sur les défis du futur

Article rédigé à l’automne 2018 sur demande de Mag-RH. Auteures : Fanny Monod-Mitrev – Karine Zufferey – Nadine Jouanen

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A l’automne 2018, une nouvelle réforme de la formation professionnelle était lancée. L’ambition est d’accentuer le développement des compétences professionnelles en lien avec l’emploi, la montée en compétences au sein des entreprises et une meilleure reconnaissance de l’innovation. De fait, la France est très moyennement classée par rapport à ses voisins européens concernant le nombre de jours de formation des adultes, qu’ils travaillent ou qu’il soient en recherche d’emploi. Pourtant, d’ici 10 ans, 1 métier sur 2 sera transformé.

Dès lors, comment surfer avec agilité sur les défis du futur? 

Ce texte est basé sur l’expérience et la pratique des auteures, nourri des échanges et du travail avec l’équipe internationale Percolab, la communauté de pratiques internationale Art of Hosting, dont nous sommes des membres actifs, des références académiques en matière de pédagogie ainsi que des cadres conceptuels, que nous activons dans notre quotidien en tant qu’équipe apprenante au sein de Percolab et avec les personnes présentes lors de nos actions et de nos formations.

La plage : là d’où nous partons 

Innover, au-delà du technologique

Il est généralement admis, lorsque le mot “innovation” est prononcé, que l’on parle d’innovation technologique. Il n’est pas question de ces modalités ici, bien qu’elles méritent en soi plusieurs articles!

Revenons à une évidence : la formation est un acte social! L’humanité s’est construite sur la collaboration; en faisant. Nous avons appris pendant des dizaines de millénaires en partageant nos savoir faire, en les montrant, en les expliquant. Et nous les avons amélioré par ce partage même, en expérimentant, testant, recommençant, encore et encore, en pratiquant donc.

Notre horizon est celui du travail en équipe et des pratiques de collaboration entre humains, car c’est là que se niche l’innovation qui nous intéresse. Celle que nous nous appliquons et celle que nous transmettons.

Les vents : contraintes ou opportunités

Le pari de la collaboration pour dépasser nos contraintes

On le sent, la transformation de la société – numérique, technologique impose un rythme qui n’est pas compatible avec notre culture hiérarchisée, nos structures en silo et nos modes de fonctionnement hérités d’une ère industrielle mécanistique en voie de disparition. D’où la poussée des insatisfactions, dysfonctionnements, difficultés au travail, qui pointent globalement sur l’inadéquation avec nos besoins et désirs d’aujourd’hui, sans parler de ceux de demain.

On peut grogner chacun sur notre carré de sable et attendre que les vents changent de sens ou décider de transformer ces contraintes en vents portants. C’est le pari que nous faisons tous les jours, en proposant des modalités pédagogiques qui mettent au centre la collaboration.

Il n’y a rien de magique, mais des principes qui aident.

5 piliers pour s’appuyer: principes pour

démarrer

Nous avons toutes et tous droit à un environnement de travail de qualité

 

 

Les différentes équipes de Percolab fonctionnent selon 5 principes de travail, dont nous pensons que tout le monde devrait pouvoir bénéficier. C’est pourquoi nous les mettons en application dans nos formations:

Ouvert : garder des secrets ralentit les avancées; être ouvert au contraire les accélère.

    • L’opacité mène à l’homogénéité alors que l’ouverture invite au co-apprentissage et à l’intégrité.

Vivant : oublions la planification rigide, tout ce que nous faisons relève du vivant.

    • Les méthodes “command and control” nous tirent vers le bas. Quand la créativité, l’autonomie sont intégrées, les résultats sont là!

Co-créatif : le génie individuel est survalorisé; le futur se construit ensemble.

    • Quand une personne décide pour les autres, c’est la passivité qui est nourrie. La co-création, au contraire, construit des solutions légitimes pour chacun.

Humain : le travail ne résout pas seulement des problèmes, il développe l’être humain.

    • Traiter les humains comme de la matière à extraire, les désengagent, les frustrent et crée de la souffrance. Le travail en conscience et dans la confiance nous fait grandir et développe nos capacités d’humains.

Multidimensionnel : le savoir n’émane pas d’une seule source, il se trouve partout autour de nous.

    • Les approches linéaires ou en silos sont incapables de répondre à la complexité. Plonger dans les myriades d’approches et d’écoutes possibles, amène à des percées incroyables.

Pour s’élancer : soigner son état d’esprit 

Expérimenter, déconstruire, s’émanciper, positiver

Rien de neuf, que du neuf ! Nous nous appuyons sur la posture “de tâtonnement expérimental” au sens de Célestin Freinet. Développée pour les enfants, cette pédagogie se révèle d’une très grande richesse avec les adultes aussi, car elle permet d’engager les mains, le coeur et le corps dans l’apprentissage et non seulement la tête, comme si tout pouvait venir de là. Une participante nous a dit un jour : “c’est avec vous que j’ai compris la gestion de projet, parce que vous me l’avez fait vivre, et non pas seulement expliqué”

De la théorie constructiviste de la formation issue entre autre de Jean Piaget, nous avons adopté le principe qui pose qu’en réfléchissant sur nos expériences, nous nous construisons et construisons notre propre vision du monde dans lequel nous vivons. Par exemple, les activités proposées lors de nos journées de formation sont toujours suivies d’une temps “en posture méta”, qui permet de faire sens de ce qui vient d’être vécu, de mieux comprendre comment activer dans son quotidien l’expérimentation. De même, des cadres conceptuels peuvent venir soutenir cette compréhension qui renforcent encore le sens donné à une activité nouvelle.

La formation pour Percolab est un agent majeur du pouvoir d’agir. Au-delà du développement ou de l’épanouissement personnel, nous sommes convaincus que la formation est un outil d’émancipation individuel et collectif en permettant une prise de conscience des mécanismes et des dynamiques qui nous construisent. C’est la raison pour laquelle nous pouvons nous revendiquer de l’éducation populaire qui veut créer des forces collectives aptes à imaginer et à construire un futur plus social, plus humain, plus respectueux de son environnement.

Ne pas hésiter à tomber à l’eau et se relever: Nelson Mandela disait: “je ne perds jamais: soit je gagne, soit j’apprends”. Aborder un apprentissage de manière positive, à partir de ce que chacun sait (déjà) faire, donne confiance et permet d’oser aller peu à peu dans des eaux plus houleuses. Nous aimons vraiment beaucoup l’approche appréciative car c’est un activateur puissant de réussite dans une culture française qui voit surtout le verre à moitié vide…

 

(S)’Adapter : jusqu’où aller ? 

Débutant ou expérimenté: adapter son curseur

Nous ne sommes pas égaux devant la vague qui arrive; en être conscient c’est bien, adapter son ambition à sa capacité, qu’elle soit technique ou sociale, c’est mieux! Plus que former, peut-être, nous accompagnons l’avancement des personnes qui viennent nous chercher. Le positionnement de l’apprenant, ce critère qualité, est l’un des éléments seulement permettant de tenir compte de nos différences.

Le corollaire est pour nous, d’accueillir la personne telle qu’elle arrive, avec ses questions, ses biais, ses craintes, ses expériences et son désir d’avancer.

Nous commençons souvent par expliciter notre culture de l’entraide qui nous fait avancer ensemble, par la prise de note collective par exemple, pour sortir des notes individuelles.

C’est l’un des actes offrant aux personnes la possibilité d’être acteurs de leur formation; nous facilitons et tranquillement nous avançons avec le groupe pour qu’il prenne de l’autonomie et s’autogère. C’est tellement à l’opposé de ce que la société actuelle nous permet qu’il faut y aller en douceur et aller vers une co-responsabilité et un pouvoir partagé.

Cet exercice d’équilibre demande un entraînement quotidien. Nous travaillons l’écoute, l’ouverture, le non-jugement, consolidons notre “muscle” collaboratif et créatif. C’est à ce prix que nous pouvons légitimement demander à celles et ceux qui nous rejoignent de pratiquer à leur tour.

 

Pour bien surfer : il faut un bon équipement

Les cadres conceptuels qui soutiennent nos pratiques

Pour donner du sens à notre approche, et ancrer la compréhension de ce que nous proposons comme expérience, nous nous sommes équipés de “cadres conceptuels”, puisés auprès de praticiens qui ont formalisé leur propre expérience avec une approche systémique  – Sam Kaner pour la dynamique de groupe, Dave Snowden et la modélisation des états d’un système pour comprendre la complexité (Cynefin), les cercles de Bohm, le chemin chaordique de Dee Hock, Peter Senge et la 5e discipline, la théorie U d’Otto Scharmer…

 

Le design thinking et la pensée visuelle, sur laquelle nous reviendrons un peu plus loin, nous aident à donner corps à des processus d’innovation qui offrent un cadre clair sans figer ce qui, par définition, demande à être testé et remis sur la planche. Nous les utilisons pour concevoir nos interventions et en transmettons les principes et pratiques au cours de nos formations.

et de la pédagogie basée sur les cercles d’apprentissage

Créés par Percolab, les cercles d’apprentissages ont fait leurs preuves dans divers contextes et milieux professionnels. C’est la base de notre pédagogie, sa méthodologie repose sur trois piliers :

  • une pédagogie radicale, basée sur la prise d’initiative par le groupe de ses

apprentissages – une programmation qui émerge des besoins et des désirs des participants et l’apprentissage par l’action avec ses pairs;

  • le développement d’une culture de travail collaborative – par l’appropriation de méthodes d’intelligence collective et des fondements de l’approche agile;
  • une philosophie – l’auto-organisation, l’auto-détermination et l’évolution des paradigmes, sous l’angle de l’apprentissage.

 

Format classique Format cercle d’apprentissage
Contrôle : Les défis et imprévus sont

source d’agitation, déception, frustration.

Hiérarchie : le formateur au centre

Mécanistique : Efficacité, standardisation, répétition, routine.

Performance : Les erreurs sont à éviter.

Planification : Programmation prévu en

amont

Distanciation : Parler professionnel.

Évaluation : quantifier, mesurer.

Lâcher prise : Les défis, les imprévus sont

accueillis comme des opportunités.

Equivalence : tout le monde au même niveau. Chacun peut proposer. Décisions collectives. Rôles en rotation

Vivant : tenir l’intention comme un fil rouge et jouer avec; se maintenir en mouvement. Provoquer pour éviter la routine.

Expérimentation : On essaie des choses. Droit à l’erreur. Humour et bienveillance.

Émergence : Programmation au fur et à mesure, selon le contexte (intérêts, projets, possibles)

Être vraiment soi : Présence et authenticité. Parler depuis le coeur.

Apprentissage : Révèle, récolte et célèbre les apprentissages.

 

Surfer demande de l’entraînement

Quelques bonnes pratiques, à consommer sans modération!

Pour se mettre dans le bain ensemble et se donner de l’élan, rien de tel que la pratique de l’inclusion en début de journée ou de session. Inhabituelle au début, elle devient vite indispensable à toute équipe qui vise la performance collaborative.

L’agenda “agile”, qui se construit dans l’instant avec les personnes présentes, en fonction de l’énergie et des préoccupations du groupe, permet de définir la zone de surf pour la session de travail. Nous la transmettons en formation comme une déclinaison possible du forum ouvert, dont elle est une sorte de réplique miniature.

Pour prendre de la vitesse, et s’assurer de le faire ensemble, la prise de décision par consentement est la pratique qui demande probablement le plus de temps d’appropriation et dont l’apprentissage en groupe peut se révéler laborieux. Mais une fois maîtrisé, ses 7 étapes deviennent un processus avec lequel jouer, prendre des raccourcis et avancer vite, en groupe tout en ayant chacun le droit et le devoir de donner son avis.

Enfin, et c’est essentiel, le principe de récolter ce qui a été travaillé, de ne pas le laisser couler dans des profondeurs inaccessibles (aux absents éventuels, pour la suite), est une pratique centrale qui permet d’élargir son périmètre et d’aller loin. La prise de notes collectives, la production de cartes heuristiques, le prototypage, la pensée visuelle sont les modalités que nous utilisons pour assurer cette récolte.

 

Et au-dessus de la planche, pour bâtir ensemble : le visuel

La pensée visuelle en formation est d’une grande richesse. Si une image vaut mieux qu’un long discours, un bon schéma vaut mieux que de longues explications ! Encore mieux, un visuel co-construit contribue davantage à l’acquisition des connaissances et des savoir-faire car il crée du sens collectif, permet de partager d’un coup d’oeil une démarche et ses étapes, tout en favorisant les retours d’expérience et échanges de pratiques.

Dans cet article, Paul Messer dit : “Nous intégrons les images 60% plus vite que le texte et les images peuvent déminer nos présupposés en contextualisant notre compréhension.” Un avantage non négligeable en formation, non?

Cerise sur le gâteau, les outils sont accessibles et adaptables en fonction des situations : prise de notes illustrée, présentation de consignes, supports pédagogiques, clarification de concepts, dessin collectif pour revenir sur les apprentissages, génération d’idées… Le formateur n’a qu’à piocher dans sa boîte à outils visuels pour proposer le pas de côté qui stimulera la créativité et l’ancrage auprès de ses apprenants !

Outil relié au design de service, la pensée visuelle déploie son plein potentiel dans les formations qui cherchent à apprendre l’innovation, pour un vrai voyage au pays des images.

 

La vague : les défis du futur

Les défis sont nombreux et pour la plupart encore inconnus ! Plutôt qu’une réaction dure à ce qui se passe, autant adopter une attitude et des pratiques souples qui épousent le mouvement et prototypent un futur qui nous inspire: audacieux et résilient.

Et le mouvement en cours, que nous percevons à travers les demandes qui nous sont faites et qui émanent de différents secteurs de la société (entreprises privées, publiques, associations, réseaux de recherche et d’acteurs), indique le besoin d’innover en ré-apprenant à travailler ensemble, à gagner en liberté, autonomie, responsabilisation. “Sortir des silos”, manager de manière déliée, à l’intérieur de son équipe, entre services et au-delà … La formation, la vie, le travail ne devraient pas être des choses si cloisonnées.

Notre approche n’est pas conventionnelle, c’est sûr… Voici ce qu’un participant en dit.

 

L’équipe

Percolab, une entreprise de co-création et de co-design

Percolab dénoue vos problèmes en entrant dans le futur avec vous. Nous créons des solutions qui fonctionnent maintenant et offrent une perspective sur le futur du travail.

Les entreprises, les gouvernements, les organisations nous engagent pour aborder des enjeux complexes et se préparer aux défis du futur. Nos services d’accompagnement, de coaching, de formation favorisent les conditions propices à la production de puissantes collaborations. Percolab fait émerger des groupes l’intelligence collective et des co-créations de taille par le design de processus subtils et la mise en oeuvre de stratégies participatives.

Depuis sa fondation en 2007 à Montréal, Canada, Percolab est devenu un réseau international qui continue de grandir. L’équipe française est basée en Occitanie.

Fanny Monod-Mitrev – Karine Zufferey – Nadine Jouanen

infofrance@percolab.com

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