L’Art de devenir humains

prendre un pas de recul

et écouter

ce qui vibre

prendre un pas de recul pour écouter

les murmures

peux-tu ralentir

ton pas et voir

ce que la Vie me murmure

ce que la Vie te murmure

ce qui est appelé

à naître?

 

je prends un pas de recul

pour écouter les voix

au coeur du bruit

j’entends l’écho de quelque chose d’ancien et vrai

je vis dans la turbulence

je respire l’émergence

peut-on apprendre à y rester

de tout notre être

et consciemment

et dans la générosité

et la grâce

la reconnaître

et s’y épanouir

pour devenir?

 

pouvons-nous apprendre

à nous accueillir

dans notre capacité à devenir

de meilleurs humains?

pouvons-nous y découvrir

notre muscle commun

et le mettre au service

de tout ce qui est vivant

tout ce qui l’a été

et tout ce qui le sera?

pouvons-nous y apprendre

et nous pratiquer

à devenir de meilleurs ancêtres?

pouvons-nous y apprendre à nommer

la complexité

ici et maintenant

et à affûter nos armes faites d’amour?

 

j’appelle l’Art de devenir Humains

parce que nous ne pourrons pas

nous transformer

en restant où nous sommes

en restant qui nous sommes

collés au déjà connu

collés au prévisible

collés aux vérités parcellaires

collés à nos pensées linéaires

je veux apprendre à tenir

le mouvement dans l’immobile

je veux apprendre à voir

le tout dans les fragments

 

pouvons-nous apprendre

l’art subtil d’écouter

pour la sagesse

qui nous guide vers ce qui a besoin d’être?

pouvons-nous devenir

dans la conscience

des systèmes

de pouvoir

qui nous forment et

qui dessinent les espaces

où nous respirons

où nous sentons

où nous trouvons ce qui nous nourrit

et ce qui nous blesse?

pouvons-nous apprendre et pratiquer ensemble

voir et nommer

nos ennemis?

et avec toute notre force ancrée

nous lancer vers l’action?

 

j’appelle l’Art de devenir Humains

j’appelle notre pouvoir

de travailler au-delà

de nos égos

de découvrir notre futur commun

de co-créer

de reconstruire

de découvrir

ce que nous pouvons faire

ensemble

j’appelle

notre futur

où nous sentons ensemble

et pratiquons la grâce

en appelant

ce que nous ne pouvons pas encore imaginer

 

qu’est-ce qui devient possible

quand nous mettons en commun

nos pouvoirs d’êtres humains sensibles

au service du passage

vers la conscience de notre éco-système?

que pouvons-nous apprendre

à sentir ensemble?

que pouvons-nous transformer

quand nous découvrons

et avançons

dans notre plein pouvoir collectif?

j’en appelle à l’Art de devenir Humains

et de questionner le monde

et de nous questionner nous-mêmes

et d’entrer dans la question

et d’écouter ensemble

le monde qui vibre

et cherche à naître

 

l’Art de devenir Humains

trouve un ancrage

dans la Nature

je respire

je prends un pas de recul

je vois le vivant

je vois l’art d’être humains

pour faire émerger une culture ancienne

où nous écoutons

nous pensons

nous agissons

avec sagesse

avec les multitudes que nous portons tous

où l’amour et le pouvoir

sont les piliers de nos questions

et où les histoires

et les expériences

nous connectent

et nous aident à voir le futur

et la complexité

qui nous remuent

 

agir avec sagesse dans la complexité

essayer l’art d’essayer

essayer l’art d’écouter

être nos stratégies

 

j’écoute les murmures

d’un présent encore à venir

je cherche la présence

je veux que mes pas

découvrent le nouveau paradigme

l’alliance de l’humain

avec le vivant

 

mes pas dans la neige nouvelle

dessinent notre pouvoir

de nous voir les uns les autres

comme les miracles que nous sommes

 

j’appelle l’Art de devenir Humains

j’appelle notre don de sentir ensemble

ce qui attend d’émerger

dans les espaces où nous travaillons

dans les espaces où nous vivons

dans les espaces où nous aimons

quelque chose bouillonne

et attend de se réaliser comme possible

 

j’appelle notre pouvoir d’appeler

j’appelle notre pouvoir d’entendre

j’appelle notre pouvoir de danser

j’appelle notre pouvoir d’aimer

et de soutenir la vie

j’appelle notre pouvoir de faire ensemble

l’impossible

qui se réalise pourtant

tous les jours, depuis toujours

j’appelle notre pouvoir

d’entendre les cris

au delà des murs et des frontières

avec clarté

dans le chaos

dans le bruit

j’appelle notre pouvoir de rêver ensemble

et de grandir dans le rêve

et de grandir dans le devenir humain

et de grandir en soignant les connections

et les apprentissages

et les coeurs brisés

et les joies

j’appelle notre liberté dans la complexité

j’appelle pour voir et être vu

dans la toile de la vie et de la transformation

 

quel est le chemin

que nous traçons

comment y prendrons nous soin

les uns des autres?

il y a tant à apprendre

et à nous demander

chercher de l’aide

est sage

et généreux

quand nous créons

des mondes

pour libérer le pouvoir du devenir humain

pour libérer le pouvoir

des conversations qui transforment

 

de quelles conversations as-tu faim?

 

si la vie est au coeur

le monde est la conversation

peut-on libérer l’imagination

dans toutes ses formes

humaines et

non-humaines?

qu’est-ce qui devient possible

quand nous apprenons ensemble

à être présents au monde?

une communauté

qui ressent et pratique

ensemble

la transformation constante du vivant

 

ça ne dépend pas de toi

tu pratiques

tu incarnes quelque chose

en toute honnêteté

et vulnérabilité

appeler est un lâcher prise

et un laisser aller

de vieux patterns

de vieilles idées

qui ne sont plus au service

du travail qui est devant nous

appeler nomme

ce qui n’est pas négociable

 

ce qui n’est pas négociable

est ouvrir un espace où vivent les paradoxes

ce qui n’est pas négociable

est l’humanité dans la nature

et la nature dans l’humanité

ce qui n’est pas négociable

est pratiquer dans l’honnêteté

et l’ouverture

et la transparence

ce qui n’est pas négociable

est l’espace de trébucher

et de penser à voix haute

dans les tensions

et les paradoxes

ce qui n’est pas négociable

est de parler d’argent et de valeur

ce qui n’est pas négociable

est la générosité et l’apprentissage

ce qui n’est pas négociable

est de danser sur la ligne

entre l’ouverture et les limites

ce qui n’est pas négociable

est la conversation entre complexité et pouvoir

qui se vit en nous

qui se vit dans nos communautés

ce qui n’est pas négociable

est l’art

dans l’art de devenir humains

ensemble

 

nous inventons la danse

du faire ensemble

ce qu’on y est

ce qu’on y ressent

nous dansons dans nos corps et dans nos coeurs

nous dansons nos nouvelles structures

de possibilité

et d’appartenance

et dans notre danse

nous nous tenons

dans l’apprendre ensemble

dans le grandir ensemble

dans la transformation

dans l’exploration

dans le deuil

dans le tremblement

nous apprenons à être

les archéologues de notre futur

 

que pouvons-nous rêver ensemble?

est-ce que nous respirons de nouveaux mondes?

où est notre centre de gravité?

qu’est-ce qui tiendra le nouveau?

qu’est-ce qui nous retient?

 

j’appelle

une vie pleine de sens

et que mon travail

m’aide à me sentir vivant

j’appelle la révolution du devenir humains

est-ce qu’on peut la vivre?

 

j’appelle

la révolution

du devenir

humains

 

Aussi publié sur Medium : https://medium.com/percolab-droplets/calling-the-art-of-humaning-9d2acbe4f357

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Learning conversations for entrepreneurship

How can we as organisations learn from each other?

Entrepreneur to entrepreneur, business to business,  talking and sharing openly and freely can become a way of working. Ville Kernan, co-founder of Monkey Business based in Jyväskylä, Finland and percolab co-founders Samantha Slade and Yves Otis, based in Montreal, Canada have been practicing « learning conversations » together. In this article we share our thoughts on how this practice has supported our learning and work.

Ville: Throughout all my life as an entrepreneur, I have been (inter)dependent to people who are doing similar things or things in a similar way than me. One could call them mentors, co-learners or something like that. Since their visit to Monkey’s Yellow Office back in February 2011, percolab’s Samantha and Yves have been one of those. Currently we host each other on a more or less monthly call over Google Hangout.

Samantha: Colearners, cohosting each other. This is what I aspire to all around. What is it that allows you to go from a one time encounter to this rich space of thinking out loud and exploring ideas together with someone you barely know? Perhaps it was the sauna in Monkey Business’ office that just helped soften us all up. There is something to be said for the finnish sauna tradition.

Yves: One question I brought back with me from our visit to Monkey Business in Finland, was how to maintain this complicity that we were feeling? How to talk about our practice, our work our questionning? And how to do that without tripping up on our cultural or linguistic differences? or the time difference?

Ville: These calls are very interesting and important to me. Many times I have felt tired before the call after a long day at the office (due to time difference between Finland and Canada we talk at 4pm), but in the end I have left the call energised and with more clarity than before it.

Samantha: These calls offer a space outside of our regular contexts, with another human across the planet who is sharing similar experimentations, opportunities, ideas. To have flowing conversation in this space helps to gather clarity and strength to act.

Ville: One could call us sister or twin companies. I see or take the analogy from Twin or Sister cities. E.g. City of Jyväskylä is a sisters with the City of Debrezen. However, I believe our connection is more informal and relaxed I suppose. Like friends.

Samantha: There is a term, «impersonal fellowship » that comes to mind where you have deep connection, conversation and trust with someone with whom you don’t necessarily hang out with. This is a concept that fascinates me. We are fellow learners.

Ville: Over the calls we start with a check in, just sharing what’s up and what’s going on in each others’ (mostly professional) lives. What kind of projects are on right now, troubles, challenges or worries, visions, dreams or questions etc. Many things are shared. We share also what we have learnt or read about lately. Our talks are dialogue.

Samantha: And dialogue is the path of learning and sense-making. It is so crucial to have this kind of dialogue when you are working in a domain of innovation – that’s to say that your ways of working, thinking, being are not necessarily shared by those around you.

Yves: No agenda. No program. We run on questions that lead to conversations. What one person says immediately gets bounced around with perspectives and angles that we wouldn’t have imagined.

Ville: We both, Monkey and percolab, share the same way towards our work. Our work is about co-creation of the desired future, where people get along and can be themselves, and thus be more creative, feel better and also be more productive. We both work with various types of clients, and dialogue and doing is at the core of what we do. Thanks to this shared field of work, there are many connections and many things where other company’s experiences help one another.

Samantha: Yes, Ville says it so well. By talking together we reveal to ourselves what we are doing. We get greater consciousness.

Yves: And each conversation leads to its own rosary of little pearls that we put to use right away.

Ville: We have planned concepts together, such as « properly funky entrepreneurship training program », or an « informal network of companies working in this weird way ».

Samantha: Yes, this free flowing dialogue with trusting open exploration between different cultures and languages lends itself naturally to creative emergence. It’s surprising and not.

Yves: With the desire to continue this conversation, to see what will emerge from it, without any obligation other than a little bit of learning.

Our conversations have always been pertinent and we hope others will experiment with this practice. For those who are also exploring better ways of learning and working together we would love to hear your story.

 

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Une vision partagée en mode créatif

L’Union Régionale des sociétés coopératives du Languedoc-Roussillon, c’est deux équipes qui ont fusionné il y a peu de temps. Deux façons de travailler différentes, deux cultures qui doivent se retrouver pour répondre aux missions de cette structure : soutenir le réseau des 128 coopératives sur le territoire, accompagner des entreprises désireuses de se constituer en coopératives et participer à des partenariats phare avec des collectivités conscientes que les entreprises coopératives, présentes dans tous les secteurs d’activités, consolident leur tissu économique et font vivre l’économie locale.

Bâtir ensemble une vision partagée servira à améliorer la cohésion de l’équipe existante et à mieux accueillir de nouvelles personnes. La volonté était de faire en mode créatif avec une limite de temps de trois heures. Une vision partagée, pour une équipe œuvrant sur le long terme, se formalise dans un document qui se travaille dans la durée, progressivement. Le défi, c’est de démarrer.

L’activité a commencé comme bien d’autres, avec la question : Quels sont les mots qui vous viennent à l’esprit sur le concept de vision partagée? Échangés en grand groupe, ces mots nous ont servi à faire apparaître les convergences et les divergences et quelques grandes catégories.

La suite était non-habituelle : nous avons dessiné ces mots, en quelques secondes. Ça s’est fait dans le jeu et le rire. Cette technique, issue de la facilitation graphique, crée un climat détendu, sans jugement où toutes les expressions d’un même concept ont le droit d’être et qui montre la richesse d’idées présente dans un collectif.

dessin

Ensuite un cercle de dialogue pour que l’architecture de la vision émerge collectivement des participants. Quels sont les grands chapitres de cette structure forcément provisoire, amenée à évoluer ensuite? Le groupe arrive à quatre axes : valeurs, objectifs, chemin et règles du jeu.

De là nous avons opté pour un  « micro-sprint d’écriture », issu de la technique du « book sprint ». En quatre équipes de deux ou trois, les participants co-écrivaient 10 minutes en direct dans un pad affiché sur grand écran, chaque groupe sur un chapitre différent. Puis ils tournaient en formant de nouveaux groupes! Lire et reprendre ce qui a été produit par deux autres collègues, voir son propre bout de texte supprimé ou reconstruit est un exercice excellent pour co-créer une vision partagée. Il n’est pas facile d’accepter que ce que je viens de produire ne m’appartient pas, mais appartient à l’ensemble qui peut le transformer…

En trois périodes de co-écriture de 10 minutes, c’est tout un document qui a émergé, fruit de la collaboration et des échanges de ces neuf personnes.

Les trente minutes suivantes ont servi à dessiner en musique une grande fresque collective. Debout, les uns à côté des autres, chacun apportant une idée, un bout de dessin repris, colorié, transformé par un autre, ils ont illustré à la fois ce qu’ils venaient de vivre en co-écrivant et ce qu’ils venaient de mettre en mots pour leur vision partagée.

2

Nous avons eu juste le temps de clore l’après-midi par une question sur l’engagement de chacun à faire vivre concrètement cette vision partagée dans le quotidien.

Trois heures semble vraiment très peu pour un tel travail. Pourtant, j’ai eu la sensation d’avoir tout le temps nécessaire. Je dirais que c’est la combinaison d’activités simples et rapides mais donnant toutes, une expérience authentique de co-création qui a fourni le cadre propice à la réalisation.

 

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Le pouvoir à l’infini: repenser nos relations de pouvoir

J’ai commencé à saisir la complexité du pouvoir quand, au cours de ma première année à l’université, un professeur de sciences po a présenté un constat choquant : toute relation interpersonnelle est une relation de pouvoir.

J’étais choqué. Ben non, j’ai dit. Il existe autre chose que le pouvoir ; par exemple, il y a l’amour. Le prof était d’accord. L’amour existe. Mais il a précisé que les relations amoureuses restent ancrées dans un rapport de pouvoir. J’ai ajouté que j’avais un copain, que nous nous aimions et qu’il n’y avait pas de pouvoir dans la relation (j’étais très naïve !). Dans ce cas, a-t-il répondu, vous partagez peut-être le pouvoir. Déterminée à lui donner tort, j’ai pris l’exemple d’une maman qui allaite son bébé ; convaincue que cela était de l’amour pur. Il a rétorqué que, dans cet exemple, il y a bien de l’amour, mais que la maman utilise son pouvoir pour protéger l’enfant.

J’ai arrêté de le confronter, mais je n’étais pas satisfaite ; j’étais en colère. Plusieurs années plus tard, je me suis rendu compte que ce grand malaise avait été provoqué par une conception singulière et négative du pouvoir en tant que force négative : avoir du pouvoir sur une autre personne.

Depuis une quinzaine d’années, dans le cadre de mon travail, j’ai la chance de travailler avec une diversité de groupes dans le secteur communautaire. Pour plusieurs d’entre eux, aborder la notion de pouvoir est un véritable défi. Il s’agit d’une force vaste, complexe et difficile à définir. Néanmoins, elle nous affecte continuellement. Souvent, les pratiques participatives sont critiquées parce qu’elles ne prennent pas en compte les dynamiques de pouvoir. Les processus qui ne prennent pas en compte ces dynamiques ne renforcent-ils pas le système dominant ?

Soyons clairs : si nous ne comprenons pas les inégalités et le pouvoir intrinsèque dans nos relations, il n’est pas possible de pratiquer et de travailler dans l’équité. Heureusement, il y a plusieurs façons de concevoir le pouvoir. C’est peut-être cela que mon prof essayait de nous dire.

En mai dernier, j’ai eu la chance de participer à une formation « Art of Hosting ». Dans le cadre de celle-ci, Tuesday Ryan-Hart a partagé un cadre théorique à propos de la notion de pouvoir. Cela a considérablement contribué à enrichir ma réflexion. Voici ma propre interprétation :

Le pouvoir sur

Il ne faut pas ignorer cette conception du pouvoir très répandue. Il s’agit d’une différence de pouvoir qui résulte de positions ou de statuts différents ; par exemple, entre un patron et un employé. Le pouvoir sur est une façon traditionnelle de concevoir le pouvoir. Ce n’est pas forcément bien ou mal. Tout dépendamment de la structure dans laquelle il se trouve, même le meilleur patron du monde peut entretenir des relations de pouvoir sur.

De nombreux exemples illustrent cette forme de pouvoir, tels que :

– Le pouvoir des bailleurs de fonds sur les organismes. Notons que même les bailleurs de fonds ultra-collaboratifs ont le pouvoir de tout casser.

– Le pouvoir entre les parents et leurs enfants. Même si je souhaite que mes enfants aient du pouvoir, je peux tout à fait les prendre et les déplacer (ils sont très petits) ou contrôler d’autres aspects de leurs vies.

L’engagement ou le travail de certains d’entre nous vise, directement ou indirectement, à défaire ou à égaliser les structures de pouvoir. Nous avons tendance à nous exprimer comme si nous savions exactement ce qu’est le pouvoir et comment il est possible de l’identifier et de le neutraliser. Toutefois, il s’agit de quelque chose de complexe, difficile à appréhender directement. Il n’est pas évident de faire un lien direct entre une cause et un effet ; cela est d’autant plus vrai si ceux-ci sont multiples. Démonter un système aussi nébuleux n’est pas chose aisée. Entrer dans la complexité du pouvoir nécessite d’être curieux, de le questionner.

Le pouvoir avec

Cette conception du pouvoir est souvent appelée « collaboration » ; l’idée étant que si deux personnes ayant du pouvoir se mettent ensemble, elles en auront plus. Notons qu’il ne s’agit pas de faire abstraction du pouvoir ou de l’envisager comme étant égal.

Prenons l’exemple d’un comité de citoyens qui se joint à un organisme pour faire avancer une cause. L’organisme est reconnu, bénéficie d’une infrastructure, d’un réseau et/ou d’un budget généreux. Il retire peut-être des bénéfices de l’engagement du comité. Toutefois, il n’a pas de pouvoir sur le groupe de citoyens étant donné que ceux-ci sont libres de rester ou de partir. Par ailleurs, il importe de souligner que les deux groupes n’ont pas un pouvoir égal non plus. Pour collaborer de manière efficace, il faut être conscient de cet écart ainsi que des enjeux de pouvoir.

Il arrive parfois que le pouvoir « avec » soit forcé. Deux groupes qui se retrouvent sur le même territoire doivent alors collaborer sans que cette relation ait un sens profond. Ce genre de situation peut rapidement se transformer en un « tirage de couverture » ou simplement en une relation de transaction ou chaque groupe exige des actions à l’autre ; une sorte de bataille de « pouvoir sur » à petite échelle.

Afin de profiter pleinement du pouvoir partagé, il importe de travailler avec grâce et de laisser place aux erreurs et à l’échec. Le pouvoir partagé peut être quelque chose d’extraordinaire si on reste conscient que le pouvoir collectif ne nuit pas au pouvoir individuel.

Le pouvoir pour

Parfois, on dit qu’on travaille pour les autres: pour des enfants en centre d’accueil, pour des femmes violées, pour des hommes en situation d’itinérance ou encore pour l’inclusion des minorités, ce modèle de pouvoir m’est particulièrement connu. Dans ce cas, une personne a plus de pouvoir qu’une autre, mais elle l’utilise pour que l’autre en bénéficie. Il s’agit d’un modèle de leadership bien apprécié ; un bon leader étant d’ailleurs souvent associé à cette approche.

Il existe des exemples inspirants en ce qui a trait à l’utilisation du pouvoir pour quelqu’un, tels que :

– J’ai trois millions de dollars (ce qui me donne du pouvoir). Je choisis de donner cette somme d’argent au Santropol Roulant de façon anonyme. J’évite donc le pouvoir sur et j’utilise mon pouvoir pour.

– Une avocate fait du bénévolat à Head and Hands à NDG pour donner des conseils juridiques aux jeunes. Dans cette situation, elle utilise son pouvoir pour sensibiliser les autres aux lois. Dans cette perspective, la métaphore « marcher ensemble en solidarité » est intéressante.

Il y a aussi l’empowerment, une notion qui, initialement, signifie la création de conditions qui permettent aux personnes visées de trouver (ou retrouver) leur propre pouvoir. Il se traduit en français par les termes « habilitation » ou « autonomisation ». Il ne s’agit pas de leur « donner » du pouvoir – quelque chose qui n’est pas forcément transférable (à part de l’argent) –, mais de soutenir quelqu’un dans une démarche de « se donner » du pouvoir.

Malheureusement, le pouvoir pour peut être détourné si on prend le pouvoir à la place des personnes qu’on voudrait aider. Par exemple, prendre la parole pour une personne, parler  « pour » un groupe (je représente les femmes) ou encore croire qu’on sait ce dont un groupe a besoin. Un autre exemple vu au Cambodge lorsque je travaillais sur l’enjeu des mines antipersonnelles : un don de tracteurs de déminage. Super ! ; sauf qu’ils étaient conçus pour le désert et, malheureusement, le Cambodge est rempli de champs de riz. Le résultat ? Des tracteurs inutilisables. Dans ce cas, on a l’intention d’être allié et en solidarité, mais on se place dans une dynamique de pouvoir sur.

Alors comment utilisons-nous le pouvoir pour de façon à ce que les gens qui reçoivent le  « pour »  continuent à être les décideurs?

Le pouvoir parmi  

Que pourrait-on imaginer comme société si on envisageait le pouvoir comme quelque chose qui s’autogénère et qui se renouvelle à l’infini ? Alors, comment m’engager dans le monde si je me permets de croire que le pouvoir est génératif ? Où serait mon pouvoir d’agir ? Nous pouvons évoquer le concept de « l’abondance » et de « la rareté », une binarité ayant ses racines dans plusieurs disciplines, notamment en économie. Si nous nous contraignons à imaginer un montant limité de pouvoir dans le monde, nous nous obligeons à nous mettre dans une posture de pouvoir sur. Or, en s’inspirant de cette notion d’abondance, nous constatons que nous avons tout le pouvoir dont nous avons besoin et que ce pouvoir se multiplie, se répand et se partage. Autrement dit, le succès d’une personne est le succès de tout le monde ; le pouvoir d’une personne ajoute du pouvoir au collectif.

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« Comment réaliser son rêve ensemble ? » 

Appréhension et curiosité sont les premiers mots qui me sont venus dans la tête en allant participer à un séjour de formation sur « comment ensemble, apprendre et collaborer autrement ? ». Un thème que l’on voit sous toutes ses formes, dans plein de combinaisons possibles et toujours avec plein d’ambitions originales. La question s’est posée avant de commencer…

« Comment réaliser son rêve ensemble ? »

J’aimerais vous faire part d’une seule réponse à mon apprentissage en 4 temps.

  1. Un appel clair.
  2. Une invitation à se réunir.
  3. De la récolte à l’action.
  4. Réflexion de l’intérieur et vue de l’extérieur.

Un appel clair
Il paraît que lorsque nous nous posons un certain nombre de questions, les réponses en nous viennent sous forme d’une intention, seulement parfois c’est brouillon, les jours passent, parfois même des années, souvent elles forment un nœud que l’on ne peut plus, à force de ruminer, dénouer. Notre entourage alors nous dit «mais comment tu vas ? »Une émotion gênante vient soudainement !

Blocages et gênes sont les maîtres mots de cette situation. Se pose-t-on trop de questions pour vivre mieux ?
Je ne pense pas… Assumer ses interrogations pour mieux y répondre est le fruit d’une recherche profonde sur ce à quoi nous aspirons pour nous et pour les autres. En effet, pour nous et pour les autres, on se doit d’apporter un quelque chose de bon, de sain, difficile parfois à verbaliser.

C’est peut être sur notre chemin.. lors d’une expérience inoubliable ou encore un moment troublant que l’on peut redonner, s’ajuster, faire naître un besoin pour encore aller plus loin dans notre parcours.
C’est cette vibration par notre propre expérience de vie qui nous projette dans la profondeur intime de notre besoin, permettant de le faire résonner aux autres et le faire jaillir de la manière la plus limpide qui soit : notre appel.

L’invitation à se réunir
Se réunir est un moment magique autant que difficile, c’est cet antagonisme qui nous permet de faire éclore le meilleur de nous-mêmes et d’avancer chaque jour un peu plus loin. Ils est vrai qu’un certain nombre de personnes peuvent avoir des barrières, des peurs mais aussi une volonté de s’exprimer pour montrer. C’est parfois à cause de ce manque d’ajustement et d’accordage que se créent des frictions pour le pire mais aussi pour le meilleur. Certains se disent qu’ils ne sont pas capables ou d’autres assument de parler le plus fort. On ne s’écoute pas et surtout on ne se regarde pas… Une vision comme éclatée, enracinée par nos besoins et nos peurs. Comme si avec notre groupe nous allions perdre le contrôle sur nous-mêmes et accepter que notre destin soit désormais incertain. Pouvoir s’abandonner à d’autres… est difficile, une quête personnelle de tous les instants car c’est un lien qui repose sur une confiance très fragile au départ. C’est pourquoi, la confiance se crée dans la douleur des crises individuelles et dans un comportement d’ouverture amenant l’autre à changer. C’est souvent un regard que l’on n’oublie pas, qui porte alors un changement sur nous-même et ainsi sur le regard du groupe, pour finalement nous sentir plus apaisé et se dire enfin que nous pouvons regarder dans la bonne direction et que désormais tout est possible, ensemble. Je pense que deux questions nous permettent de nous guider dans ces incertitudes. « Faut-il pouvoir se gérer soi-même avant de savoir emmener les autres ? » et « est-ce la manière de faire, en sorte que les choses émergent toutes seules ? »

De la récolte à l’action
Le faire ensemble, c’est avant tout regarder dans le même sens en trouvant dans sa propre équipe la complémentarité et le plaisir de pouvoir se dire les choses telles qu’elles sont. Récolter les besoins de chacun pour converger vers un besoin commun est un chemin à risques, demandant un travail de présence, sans jugement ni hauteur, sans grimaces ni sourires moqueurs, c’est un dialogue de tous les instants où chacun est responsable de la direction du groupe, de le nourrir, d’en prendre soin, de faire en sorte que les choses de la vie émergent. C’est au travers du dialogue constructif, d’un regard sous forme de quelques mots qui nous dit « nous sommes là »… qui permet de faire jaillir l’émotion collective nous guidant vers des actions pleines de sens pouvant réaliser l’objectif : l’appel transformé en une intention commune.

Réflexion de l’intérieur et vue de l’extérieur
Sur notre route personnelle et collective nous nous posons souvent les mêmes questions, est-ce mal ou bien ? dangereux ou non ? moral ou non ? possible ou impossible ? La vraie réponse n’est pas dans le choix de l’un ou de l’autre mais c’est de trouver la réponse dans ce qui est important pour soi et le groupe grâce à la réflexion intérieure. Néanmoins, la réflexion intérieure excessive peut accentuer le sentiment de doute pouvant se transformer en culpabilité et s’ancrer en tant que peur émotionnelle. Ne nous bloquons pas dans notre intérieur ! Le fait de sortir de soi pour mieux être présent avec les autres et de porter un regard extérieur critique sans émotions ni jugements est un puissant moteur d’évolution pour ancrer son apprentissage au plus profond de nous, nourrissant la culture du groupe et créant de nouvelles connaissances plus juste de soi-même.

Finalement, l’expérimentation au travers de ces quatre temps m’a fait réaliser une seule réponse, pas quatre, pas dix, non une…
Comment réaliser son rêve ensemble ? : Faire en sorte que la clarté de notre intention soit notre leader.

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Intégrer la cocréation dans mon environnement


percolab a été invité à donner « une conférence » au Congrès annuel de l’Association des directeurs généraux des services de santé et des services sociaux du Québec sur le thématique De collaborateur à co-créateurSujet chaud! Nous avons proposé en lieu et place d’une présentation classique – unidirectionnelle – un atelier intitulé « Intégrer la co-création dans mon environnement ». En voici le résumé :

Devenir une organisation co-créatrice demande le développement d’une attitude partagée qui conjugue l’écoute, l’ouverture à l’autre, l’exploration, le jeu, l’initiative, la réflexivité. L’organisation doit aussi trouver les espaces et les moments qui permettent l’expression de l’intelligence collective et l’émergence de propositions innovantes. Quelles sont les conditions qui favorisent la co-création dans nos organisations? Nous allons tenter de répondre collectivement à cette question.

percolab croit que la co-création aide à naviguer les situations complexes qui nécessitent de nouvelles façons de faire. Les ingrédients clés. d’une approche co-créative sont la collaboration++, la créativité et la mise en place d’un cadre qui canalisent les énergies.

Et puis rien de mieux pour explorer le sujet qu’un saut dans le vif du sujet. Nous avons proposé aux 180 participants de vivre un petit moment de co-création, sous la forme d’un mini  « World Café ». Nous l’avons structuré autour des trois questions suivantes :

  • Quelle situation complexe dans votre réseau pourrait bénéficier d’une démarche de co-création?
  • Qui pourrait ou devrait être autour de la table pour travailler avec vous à ces problèmes complexes?
  • Quels sont les défis personnels que vous aurez à relever pour être un leader co-créatif?

Les personnes présentes se sont prêtés volontiers au jeu et ont échangé de manière très dynamique sur leurs expériences et sur les défis de la co-création dans leur réalité fort complexe. Les doutes sur la possibilité de mener une activité de co-création avec un grand nombre de personnes – qui ont été exprimés par certains participants – ont été passablement dissipés au terme de notre très modeste atelier.

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Secteurs d'activités :

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Méthodes et outils : | |

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