La crise pour faire le saut dans le futur de travail

La crise de la COVID-19 a envoyé plusieurs travailleurs et travailleuses à la maison. Les organisations doivent se tourner vers le télétravail et les organisations sont sens dessus dessous. Minimalement, le télétravail demande des outils technologiques pour parer à la proximité physique. Mais, le télétravail n’a pas à être qu’une simple transposition du travail de bureau vers la maison et les outils virtuels. Plus fondamentalement, la nécessité actuelle du télétravail est une occasion de créer le futur du travail lequel repose sur une nouvelle culture de collaboration

Depuis 2007, chez Percolab, nous expérimentons cette nouvelle culture du travail fondée sur une pratique radicale de la collaboration. Que l’on soit côte à côte dans le même espace, ou chacun chez soi, la collaboration se bâtit autour de quelques convictions fondamentales :

  • une finalité globale, accélérer la transition socio-écologique;
  • le pouvoir d’agir (agency) et le leadership de chacun par l’autonomie et la confiance;
  • prendre soin des relations en les nourrissant et les rétablir, au besoin;
  • l’apprentissage au jour le jour en posture d’apprenant; 
  • l’équilibre entre l’individuel et le collectif par la décision partagée;
  • la capacité individuelle et collective des êtres humains à s’auto-organiser;
  • la transparence d’emblée, rendre ses actions visibles et accessibles.

Dans son livre Going horizontal, notre collègue Samantha Slade présente des pratiques concrètes avec lesquelles nous pouvons incarner ces convictions. Cet ensemble de pratiques que nous utilisons et partageons a été développé depuis des années avec nos clients, nos partenaires, et organisations soeurs. Ces pratiques ont été raffinées à travers de multiples expérimentations et apprentissages permettant l’appropriation et la création d’un sens commun. Et notre approche se veut graduelle et pragmatique afin que chacun puisse s’approprier cette nouvelle culture sans craindre une transformation déstabilisante.

Dans notre travail d’accompagnement des équipes, nous observons que beaucoup de gens sont marqués par des histoires de collaboration déficientes, inefficaces et souffrantes. Ils en conservent des cicatrices qui les retiennent à se réengager dans des projets collaboratifs. Mais nous avons tous aussi des expériences de collaboration vitalisantes. Nous invitons les organisations à bâtir une culture collaborative forte pour éviter que la nécessité actuelle du télétravail ne réalise la prédiction de Morten Hansen affirmant qu’une mauvaise collaboration est pire que l’absence de collaboration.

La vitesse de la contagion de la COVID-19 nous rappelle notre interdépendance à l’échelle de la planète. Nous devons surmonter cette crise en faisant de cette interdépendance une force.  En se rejoignant dans un projet commun de prendre soin des uns, des autres et de la nature, nous donnons sens à la raison ultime de notre existence. Nous reconnaissons l’interaction et la connexion comme principes fondamentaux de tout ce qui vit. Cela élargit notre champ de vision et change naturellement notre façon de prendre des décisions. Cette crise est comme un tremplin qui s’enfonce pour mieux nous propulser. Les organisations dans lesquelles nous travaillons n’ont pas à être des boîtes ou des silos où nous sommes confinées. Le travail peut être un environnement riche et complexe dans lequel nous pouvons nous révéler à notre meilleur. 

En espérant que la question usuelle “Dans quelle boîte travailles-tu?” devienne “Dans quel jardin travailles-tu?”.

Article écrit par Denis Côté, membre associé de Percolab Coop

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La facilitation graphique, rôle social

Fanny et Claire sont facilitatrices en intelligence collective et facilitatrices graphiques. Depuis plusieurs années au service des conversations émergentes, elles s’interrogent en ces temps bouleversés sur le rôle social de leur métier. Quelle est la valeur de notre activité quand se presse l’urgence de sauver les vies humaines ? À travers une interview croisée, elles vous livrent leur vision de leur métier.

Comment a commencé ce questionnement ?

Fanny Quand le confinement a commencé, je me suis interrogée sur l’avenir de mon métier, et sur son utilité. Qui aura besoin de formations en facilitation graphique une fois le confinement terminé ? Qui aura du budget à consacrer à de la prestation graphique alors que les économies seront de mise ? C’est là que je me suis rendu compte que souvent la facilitation graphique était considérée comme l’élément joli sur lequel on pouvait communiquer, alors que pour moi c’est bien plus ! Sans parler de l’aspect bandes dessinées qui peut donner une impression de moins « sérieux »… J’ai profité du confinement pour me former aux principes du Generative Scribing et j’ai fait la capture d’une vidéo de Zulma Pattaroyo qui expliquait l’usage de ces techniques visuelles au service de la justice sociale, cela m’a ouvert les yeux !

Claire J’ai toujours considéré la facilitation graphique comme un réel outil au service d’un groupe. Je le vois depuis le début en tant que facilitatrice comme une puissante technique de récolte, de miroir des échanges en cours, qui alimente les réflexions et garde une trace. Je suis consciente que certaines personnes y voient un aspect enfantin, trop “peu sérieux” face aux sujets traités. Mais c’est justement cet autre regard que le langage graphique apporte, qui lui donne toute sa puissance.

J’ai aussi eu la chance de suivre les modules en ligne du Presencing Institute sur le Generative Scribing, dont celui sur le System Scribing. Je sais que c’est ce type de facilitation graphique vers lequel j’ai envie d’aller, celle qui rend visibles l’inconnu, l’invisible, les émotions et le vécu, car c’est ça la force des outils visuels.

A titre d’exemple, pourrais-tu décrire une expérience forte où tu as senti que ta facilitation graphique avait changé quelque chose, avait vraiment servi ?

Claire J’ai assisté au conseil d’école de l’école de ma fille, située dans un quartier populaire. Le premier problème évoqué était de trouver une façon d’expliquer les projets de l’école, les horaires à respecter, les fonctionnements de la coopérative… à tous les parents d’élèves, dont une grande partie ne maîtrise pas le français. La fresque graphique résumant ces éléments clés que j’ai réalisée a servi de support d’échange, et donc de lien, entre les différentes parties de ce système : enfants, parents, instits, directrice, personnel de la Mairie.

Fanny Pour ma part, c’était lors d’un atelier avec des agents de la fonction publique de l’Etat sur la santé et sécurité au travail. Le principe était des échanges sur les effets du Document unique, avec l’intention de s’en inspirer pour trouver des solutions inédites. Rapidement, la discussion est devenue un espace pour poser les émotions fortes, souffrances, détresses, qui n’avaient pu être exprimées à ce jour. Le ton est vite devenu très lourd. C’était un cadeau que la conversation ait lieu, mais que capturer pour avancer ? Je me suis rendu compte que si je figeais ces détresses, elles allaient marquer le processus, j’ai donc fait un travail de filtrage et pris le parti de “à toute situation, on peut trouver un effet positif ». Je me suis sentie complètement impliquée et lors de la présentation au groupe, il y a eu un effet de créativité et de positivité incroyable ! La fresque est devenue une sorte d’artefact, précieusement gardé par les organisateurs de l’atelier et régulièrement ressortie. C’est vers là que je veux aller, apaiser les souffrances, contribuer à avancer pour des meilleures conditions de travail et de vie.

En quoi la facilitation graphique peut-elle jouer un rôle en période de confinement ?

Fanny Selon moi, dans cette période de confinement, on est cruellement en besoin de garder un lien, des relations avec les personnes avec lesquelles on interagit : nos collègues, bien sûr, mais aussi nos clients, nos partenaires… Le collectif est toujours là, mais plus physiquement. En un sens, il existe moins, est moins facile à attraper. Ainsi, révéler les émotions, poser les idées de manière tangible, les rendre réelles et continuer à construire concrètement le futur est très important, et est facilité avec la capture graphique.

Claire En exemple, j’ai eu l’opportunité de scriber deux conversations en ligne sur le vécu du confinement, avec deux groupes distincts. Ces deux conversations étaient chargées en émotions et en questionnements. Nos authentiques fragilités se sont mises à nu. Les résumés graphiques n’ont été partagés qu’à la fin, en clôture, de ces temps d’échange. Selon les dires des participants, les voir en toute fin a permis d’apaiser, de mettre de la clarté, de mettre à plat un certain flot d’émotions et d’interrogations sur le futur. Ces résumés ont donné la sensation d’avoir produit quelque chose ensemble, de façon collective et qui pourra peut-être nous servir pour avancer dans les réflexions. Nous avons ainsi tenté de mettre un peu plus de sens sur les vécus de chacune et chacun, et c’est essentiel.

 

Quels sont les aspects essentiels que tu vois  dans ce que crée la facilitation graphique ? Une phrase, une image !

Fanny Ce qui compte pour moi :

  • Offrir un langage universel : comme cette participante à un atelier qui était assistante sociale et voulait créer un visuel pour expliquer à des réfugiés, avec qui elle n’avait pas de langue commune, des obligations liées à la gestion d’un appartement !

 

  • Créer de nouveaux imaginaires : comme lors de cette journée sur l’égalité professionnelle à la Préfecture de l’Hérault, où l’idée était aussi de visualiser des situations pour lesquelles on n’a pas encore beaucoup d’images, comme une femme pompière ou un homme rejeté pour propos sexistes !

 

  • Faire vivre au delà de l’instant : pour accompagner les forces vives, ancrer les engagements et les idées, comme lors de cette capture graphique d’un événement qui questionnait les processus de concertation, où j’ai fait un parallèle entre la construction d’une tour et celle du méchant dans le Seigneur des anneaux, et c’est devenu un mème ! #sauron

 

  • Accompagner les processus de paix : en offrant une écoute authentique, des vécus que l’on ne peut nier et des personnes avec qui l’on doit compter. Pas d’exemple encore, mais un objectif à atteindre !

 

Mon motto : Participer à unir les personnes dans ce qu’elles ont en commun, à travers les émotions, les cultures, les vécus, pour soutenir les dynamiques sociales et s’engager vers un monde plus égalitaire et apaisé.

 

Claire Ce qui compte pour moi :

  • Créer du lien : avec le Conseil de classe, permettre à des personnes de communiquer et entrer ensuite en interactions.
  • Porter haut et fort son message, sa raison d’être et ses valeurs,  la fresque été imprimée et affichée dans l’entreprise.

  • Visualiser l’intangible, comme avec ce cercle de dialogue sur le coronavirus, aller au-delà des mots pour capter ce qui est en train d’émerger, ce qui n’existait pas encore et qui est rendu possible par les personnes présentes à ce moment-là.

 

  • Faciliter l’accès à une information clé pour prendre part à l’action collective :
    j’ai été mandatée par la coopérative Smart afin de créer un poster qui expliciterait comment les sociétaires peuvent participer à la réflexion et aux décisions de la coopérative. Cette information existait, bien-sûr, mais très peu de sociétaires la connaissaient car il fallait la rechercher dans les textes et procédures. L’intention de ce poster était, à mon sens de favoriser l’engagement des sociétaires de cette entreprise partagée, leur capacité à s’impliquer et devenir acteurs de leur structure.

Mon motto : favoriser le pouvoir d’agir en aidant les collectifs à mettre de la clarté sur les systèmes dont ils font partie, révéler les parties prenantes, les relations, les sous-ensembles, les points de vue…, pour soutenir les échanges au sein du groupe et accompagner les changements qu’ils souhaitent y voir.

 

En conclusion, la facilitation graphique est pour nous un engagement ! Nous  souhaitons contribuer à des conversations qui comptent, pour créer du lien. Nous nous impliquons dans la dynamique collective, avec cœur et conscience.

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Des rituels de confinement pour garder des repères et avancer

Pour s’approprier ces nouvelles conditions de vie, où tout ou presque se concentre dans un espace privé et dans une temporalité incertaine, les membres de Percolab France & Co ont développé différents rituels. Chacune a posé une routine, qu’elle soit quotidienne, hebdomadaire seule, collective, comme des repères pour rythmer les vies personnelles, familiales, professionnelles. Les rencontres du matin, qui se sont enclenchées dès le premier lundi de confinement, sont devenues un rituel matinal quasi sacré.

Le principe ? Une question d’inclusion, puis éventuellement un temps de co-création, et un temps de clôture. Sas d’atterrissage de la nuit et de décollage pour une nouvelle journée, c’est un espace où apercevoir les visages de nos collègues rassure et fait du bien et où la vie familiale et domestique est bienvenue. L’équipe y puise de l’énergie, en se tenant au courant de la santé et de l’état des unes et des autres, la confiance, la solidarité s’amplifient, les projets fleurissent.

Pour Boris Cyrulnik, la fonction du rituel est d’apprendre à co-exister (avec les autres et avec soi-même !), à vivre ensemble dès le plus jeune âge. Nous faisons aujourd’hui collectivement, irréfutablement, l’expérience de l’incertitude. Nous avons à renouveler, à ré-apprendre notre rapport au monde.

Voici ici quelques autres exemples fraîchement tirés de nos quotidiens de #confineesmaispasdeconfites

Rituel de Fanny : un canevas pour poser l’intention de la journée

La méthode :
– un canevas à imprimer et découper
– et à remplir chaque matin pour la partie du haut, et en fin de journée, ou le lendemain matin, pour la partie du bas

Intention et retour d’expériences
J’ai eu envie de proposer ce canevas (voir l’infolettre Confinées mais pas déconfites !) pour faciliter une routine matinale, créer un repère simple afin de se centrer sur ce qui compte pour soi. Au final, je m’en sers tous les jours ! (sauf le week-end)

Le fait de prendre un temps pour moi chaque matin m’aide à m’ancrer pour avancer, voir au jour le jour ce qui m’inspire et me semble juste. Vu que mon temps est limité avec les enfants, cela me fait du bien d’avoir un outil facile pour bien démarrer ! Et quand je n’ai pas le temps de le faire à la première heure, je le fais toujours naturellement dans la matinée. C’est apaisant de prendre soin de ses émotions en début de journée (“comment je me sens?”). « Comment je m’aère ? » me rappelle que c’est important ! Je le garderais après le confinement.

Au début, je remplissais chaque ligne de la case « Programme » mais au final, je n’arrivais pas à le tenir, et cela me créait de la frustration. Maintenant, je note juste un élément ou deux en haut et en bas, et je le vois plutôt comme une invitation que comme une obligation à suivre, c’est plus léger. La partie fierté et souhait de la fin est très agréable, bien qu’un peu petite, mais je m’en accommode en écrivant autour !
Le format petit me permet d’avoir à la fin un ensemble de feuillets comme des cartes postales que je garde. Je remplis chaque jour avec un feutre de couleur différente !

Rituel de Nadine : le lien à la terre pour un lien à soi et au monde

Mon rituel est d’aller dehors jardiner.

Tout se remet en place dès que j’ai les mains dans la terre, que je sème, plante, taille, dépierre, arrose et… admire…

Ces semaines de confinement me permettent de mesurer la chance extraordinaire que j’ai de pouvoir prendre soin d’un bout de garrigue aride et si belle.

 

Rituel de Claire : organisation familiale créative

Le lundi, nous faisons un “Conseil de Famille” – rituel auquel il va rapidement falloir trouver un nom plus sympa….- avec ma famille au complet, qui comprend une ado, une petite de 3 ans, mon compagnon et moi.

Après une question sur notre humeur, notre couleur ou notre météo du jour, on discute sur ce qui n’a pas trop marché la semaine précédente et qu’on souhaiterait améliorer.

Puis en silence, on écrit chacun nos envies et nos besoins pour la semaine qui arrive, sur des post-its. Pendant ce temps-là, la petite dessine, elle, sur les post-its ! On partage ensuite à tour de rôle et on les colle sur l’affiche de la semaine, en différenciant les envies individuelles et les activités que l’on propose de faire avec qui veut.

Nous refaisons ce temps d’échange les vendredis soir pour parler du weekend.

 

Rituel de Karine : un retour collectif sur la journée pour envisager le lendemain avec entrain

Dès le premier jour du confinement, l’idée de faire une rétrospective collective familiale à la fin de chaque journée s’est imposée comme une évidence, en réponse à l’incertitude de ce que pourraient produire entre nous ces nouvelles conditions de vie.

Le principe est très simple, il suffit d’une feuille de papier, divisée en 4 avec les entrées suivantes : ce qui s’est bien passé aujourd’hui, ce qui s’est moins bien passé, ce que j’ai appris, ce que je souhaite pour demain.

Ce “rituel”, documente le confinement, et fonctionne comme un baromètre qui rend visible les états de chacun.e et de l’ensemble. Un journal de bord pour prendre soin les uns des autres. Un temps de réflexion sur la journée et de projection sur celle du lendemain.

Nous espérons que ces rituels de confinement vous inspireront, n’hésitez pas à nous envoyer les vôtres et nous faire part de vos commentaire si vous souhaitez enrichir cette page !

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Innover en formation… … pour surfer avec agilité sur les défis du futur

Article rédigé à l’automne 2018 sur demande de Mag-RH. Auteures : Fanny Monod-Mitrev – Karine Zufferey – Nadine Jouanen

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A l’automne 2018, une nouvelle réforme de la formation professionnelle était lancée. L’ambition est d’accentuer le développement des compétences professionnelles en lien avec l’emploi, la montée en compétences au sein des entreprises et une meilleure reconnaissance de l’innovation. De fait, la France est très moyennement classée par rapport à ses voisins européens concernant le nombre de jours de formation des adultes, qu’ils travaillent ou qu’il soient en recherche d’emploi. Pourtant, d’ici 10 ans, 1 métier sur 2 sera transformé.

Dès lors, comment surfer avec agilité sur les défis du futur? 

Ce texte est basé sur l’expérience et la pratique des auteures, nourri des échanges et du travail avec l’équipe internationale Percolab, la communauté de pratiques internationale Art of Hosting, dont nous sommes des membres actifs, des références académiques en matière de pédagogie ainsi que des cadres conceptuels, que nous activons dans notre quotidien en tant qu’équipe apprenante au sein de Percolab et avec les personnes présentes lors de nos actions et de nos formations.

La plage : là d’où nous partons 

Innover, au-delà du technologique

Il est généralement admis, lorsque le mot “innovation” est prononcé, que l’on parle d’innovation technologique. Il n’est pas question de ces modalités ici, bien qu’elles méritent en soi plusieurs articles!

Revenons à une évidence : la formation est un acte social! L’humanité s’est construite sur la collaboration; en faisant. Nous avons appris pendant des dizaines de millénaires en partageant nos savoir faire, en les montrant, en les expliquant. Et nous les avons amélioré par ce partage même, en expérimentant, testant, recommençant, encore et encore, en pratiquant donc.

Notre horizon est celui du travail en équipe et des pratiques de collaboration entre humains, car c’est là que se niche l’innovation qui nous intéresse. Celle que nous nous appliquons et celle que nous transmettons.

Les vents : contraintes ou opportunités

Le pari de la collaboration pour dépasser nos contraintes

On le sent, la transformation de la société – numérique, technologique impose un rythme qui n’est pas compatible avec notre culture hiérarchisée, nos structures en silo et nos modes de fonctionnement hérités d’une ère industrielle mécanistique en voie de disparition. D’où la poussée des insatisfactions, dysfonctionnements, difficultés au travail, qui pointent globalement sur l’inadéquation avec nos besoins et désirs d’aujourd’hui, sans parler de ceux de demain.

On peut grogner chacun sur notre carré de sable et attendre que les vents changent de sens ou décider de transformer ces contraintes en vents portants. C’est le pari que nous faisons tous les jours, en proposant des modalités pédagogiques qui mettent au centre la collaboration.

Il n’y a rien de magique, mais des principes qui aident.

5 piliers pour s’appuyer: principes pour

démarrer

Nous avons toutes et tous droit à un environnement de travail de qualité

 

 

Les différentes équipes de Percolab fonctionnent selon 5 principes de travail, dont nous pensons que tout le monde devrait pouvoir bénéficier. C’est pourquoi nous les mettons en application dans nos formations:

Ouvert : garder des secrets ralentit les avancées; être ouvert au contraire les accélère.

    • L’opacité mène à l’homogénéité alors que l’ouverture invite au co-apprentissage et à l’intégrité.

Vivant : oublions la planification rigide, tout ce que nous faisons relève du vivant.

    • Les méthodes “command and control” nous tirent vers le bas. Quand la créativité, l’autonomie sont intégrées, les résultats sont là!

Co-créatif : le génie individuel est survalorisé; le futur se construit ensemble.

    • Quand une personne décide pour les autres, c’est la passivité qui est nourrie. La co-création, au contraire, construit des solutions légitimes pour chacun.

Humain : le travail ne résout pas seulement des problèmes, il développe l’être humain.

    • Traiter les humains comme de la matière à extraire, les désengagent, les frustrent et crée de la souffrance. Le travail en conscience et dans la confiance nous fait grandir et développe nos capacités d’humains.

Multidimensionnel : le savoir n’émane pas d’une seule source, il se trouve partout autour de nous.

    • Les approches linéaires ou en silos sont incapables de répondre à la complexité. Plonger dans les myriades d’approches et d’écoutes possibles, amène à des percées incroyables.

Pour s’élancer : soigner son état d’esprit 

Expérimenter, déconstruire, s’émanciper, positiver

Rien de neuf, que du neuf ! Nous nous appuyons sur la posture “de tâtonnement expérimental” au sens de Célestin Freinet. Développée pour les enfants, cette pédagogie se révèle d’une très grande richesse avec les adultes aussi, car elle permet d’engager les mains, le coeur et le corps dans l’apprentissage et non seulement la tête, comme si tout pouvait venir de là. Une participante nous a dit un jour : “c’est avec vous que j’ai compris la gestion de projet, parce que vous me l’avez fait vivre, et non pas seulement expliqué”

De la théorie constructiviste de la formation issue entre autre de Jean Piaget, nous avons adopté le principe qui pose qu’en réfléchissant sur nos expériences, nous nous construisons et construisons notre propre vision du monde dans lequel nous vivons. Par exemple, les activités proposées lors de nos journées de formation sont toujours suivies d’une temps “en posture méta”, qui permet de faire sens de ce qui vient d’être vécu, de mieux comprendre comment activer dans son quotidien l’expérimentation. De même, des cadres conceptuels peuvent venir soutenir cette compréhension qui renforcent encore le sens donné à une activité nouvelle.

La formation pour Percolab est un agent majeur du pouvoir d’agir. Au-delà du développement ou de l’épanouissement personnel, nous sommes convaincus que la formation est un outil d’émancipation individuel et collectif en permettant une prise de conscience des mécanismes et des dynamiques qui nous construisent. C’est la raison pour laquelle nous pouvons nous revendiquer de l’éducation populaire qui veut créer des forces collectives aptes à imaginer et à construire un futur plus social, plus humain, plus respectueux de son environnement.

Ne pas hésiter à tomber à l’eau et se relever: Nelson Mandela disait: “je ne perds jamais: soit je gagne, soit j’apprends”. Aborder un apprentissage de manière positive, à partir de ce que chacun sait (déjà) faire, donne confiance et permet d’oser aller peu à peu dans des eaux plus houleuses. Nous aimons vraiment beaucoup l’approche appréciative car c’est un activateur puissant de réussite dans une culture française qui voit surtout le verre à moitié vide…

 

(S)’Adapter : jusqu’où aller ? 

Débutant ou expérimenté: adapter son curseur

Nous ne sommes pas égaux devant la vague qui arrive; en être conscient c’est bien, adapter son ambition à sa capacité, qu’elle soit technique ou sociale, c’est mieux! Plus que former, peut-être, nous accompagnons l’avancement des personnes qui viennent nous chercher. Le positionnement de l’apprenant, ce critère qualité, est l’un des éléments seulement permettant de tenir compte de nos différences.

Le corollaire est pour nous, d’accueillir la personne telle qu’elle arrive, avec ses questions, ses biais, ses craintes, ses expériences et son désir d’avancer.

Nous commençons souvent par expliciter notre culture de l’entraide qui nous fait avancer ensemble, par la prise de note collective par exemple, pour sortir des notes individuelles.

C’est l’un des actes offrant aux personnes la possibilité d’être acteurs de leur formation; nous facilitons et tranquillement nous avançons avec le groupe pour qu’il prenne de l’autonomie et s’autogère. C’est tellement à l’opposé de ce que la société actuelle nous permet qu’il faut y aller en douceur et aller vers une co-responsabilité et un pouvoir partagé.

Cet exercice d’équilibre demande un entraînement quotidien. Nous travaillons l’écoute, l’ouverture, le non-jugement, consolidons notre “muscle” collaboratif et créatif. C’est à ce prix que nous pouvons légitimement demander à celles et ceux qui nous rejoignent de pratiquer à leur tour.

 

Pour bien surfer : il faut un bon équipement

Les cadres conceptuels qui soutiennent nos pratiques

Pour donner du sens à notre approche, et ancrer la compréhension de ce que nous proposons comme expérience, nous nous sommes équipés de “cadres conceptuels”, puisés auprès de praticiens qui ont formalisé leur propre expérience avec une approche systémique  – Sam Kaner pour la dynamique de groupe, Dave Snowden et la modélisation des états d’un système pour comprendre la complexité (Cynefin), les cercles de Bohm, le chemin chaordique de Dee Hock, Peter Senge et la 5e discipline, la théorie U d’Otto Scharmer…

 

Le design thinking et la pensée visuelle, sur laquelle nous reviendrons un peu plus loin, nous aident à donner corps à des processus d’innovation qui offrent un cadre clair sans figer ce qui, par définition, demande à être testé et remis sur la planche. Nous les utilisons pour concevoir nos interventions et en transmettons les principes et pratiques au cours de nos formations.

et de la pédagogie basée sur les cercles d’apprentissage

Créés par Percolab, les cercles d’apprentissages ont fait leurs preuves dans divers contextes et milieux professionnels. C’est la base de notre pédagogie, sa méthodologie repose sur trois piliers :

  • une pédagogie radicale, basée sur la prise d’initiative par le groupe de ses

apprentissages – une programmation qui émerge des besoins et des désirs des participants et l’apprentissage par l’action avec ses pairs;

  • le développement d’une culture de travail collaborative – par l’appropriation de méthodes d’intelligence collective et des fondements de l’approche agile;
  • une philosophie – l’auto-organisation, l’auto-détermination et l’évolution des paradigmes, sous l’angle de l’apprentissage.

 

Format classique Format cercle d’apprentissage
Contrôle : Les défis et imprévus sont

source d’agitation, déception, frustration.

Hiérarchie : le formateur au centre

Mécanistique : Efficacité, standardisation, répétition, routine.

Performance : Les erreurs sont à éviter.

Planification : Programmation prévu en

amont

Distanciation : Parler professionnel.

Évaluation : quantifier, mesurer.

Lâcher prise : Les défis, les imprévus sont

accueillis comme des opportunités.

Equivalence : tout le monde au même niveau. Chacun peut proposer. Décisions collectives. Rôles en rotation

Vivant : tenir l’intention comme un fil rouge et jouer avec; se maintenir en mouvement. Provoquer pour éviter la routine.

Expérimentation : On essaie des choses. Droit à l’erreur. Humour et bienveillance.

Émergence : Programmation au fur et à mesure, selon le contexte (intérêts, projets, possibles)

Être vraiment soi : Présence et authenticité. Parler depuis le coeur.

Apprentissage : Révèle, récolte et célèbre les apprentissages.

 

Surfer demande de l’entraînement

Quelques bonnes pratiques, à consommer sans modération!

Pour se mettre dans le bain ensemble et se donner de l’élan, rien de tel que la pratique de l’inclusion en début de journée ou de session. Inhabituelle au début, elle devient vite indispensable à toute équipe qui vise la performance collaborative.

L’agenda “agile”, qui se construit dans l’instant avec les personnes présentes, en fonction de l’énergie et des préoccupations du groupe, permet de définir la zone de surf pour la session de travail. Nous la transmettons en formation comme une déclinaison possible du forum ouvert, dont elle est une sorte de réplique miniature.

Pour prendre de la vitesse, et s’assurer de le faire ensemble, la prise de décision par consentement est la pratique qui demande probablement le plus de temps d’appropriation et dont l’apprentissage en groupe peut se révéler laborieux. Mais une fois maîtrisé, ses 7 étapes deviennent un processus avec lequel jouer, prendre des raccourcis et avancer vite, en groupe tout en ayant chacun le droit et le devoir de donner son avis.

Enfin, et c’est essentiel, le principe de récolter ce qui a été travaillé, de ne pas le laisser couler dans des profondeurs inaccessibles (aux absents éventuels, pour la suite), est une pratique centrale qui permet d’élargir son périmètre et d’aller loin. La prise de notes collectives, la production de cartes heuristiques, le prototypage, la pensée visuelle sont les modalités que nous utilisons pour assurer cette récolte.

 

Et au-dessus de la planche, pour bâtir ensemble : le visuel

La pensée visuelle en formation est d’une grande richesse. Si une image vaut mieux qu’un long discours, un bon schéma vaut mieux que de longues explications ! Encore mieux, un visuel co-construit contribue davantage à l’acquisition des connaissances et des savoir-faire car il crée du sens collectif, permet de partager d’un coup d’oeil une démarche et ses étapes, tout en favorisant les retours d’expérience et échanges de pratiques.

Dans cet article, Paul Messer dit : “Nous intégrons les images 60% plus vite que le texte et les images peuvent déminer nos présupposés en contextualisant notre compréhension.” Un avantage non négligeable en formation, non?

Cerise sur le gâteau, les outils sont accessibles et adaptables en fonction des situations : prise de notes illustrée, présentation de consignes, supports pédagogiques, clarification de concepts, dessin collectif pour revenir sur les apprentissages, génération d’idées… Le formateur n’a qu’à piocher dans sa boîte à outils visuels pour proposer le pas de côté qui stimulera la créativité et l’ancrage auprès de ses apprenants !

Outil relié au design de service, la pensée visuelle déploie son plein potentiel dans les formations qui cherchent à apprendre l’innovation, pour un vrai voyage au pays des images.

 

La vague : les défis du futur

Les défis sont nombreux et pour la plupart encore inconnus ! Plutôt qu’une réaction dure à ce qui se passe, autant adopter une attitude et des pratiques souples qui épousent le mouvement et prototypent un futur qui nous inspire: audacieux et résilient.

Et le mouvement en cours, que nous percevons à travers les demandes qui nous sont faites et qui émanent de différents secteurs de la société (entreprises privées, publiques, associations, réseaux de recherche et d’acteurs), indique le besoin d’innover en ré-apprenant à travailler ensemble, à gagner en liberté, autonomie, responsabilisation. “Sortir des silos”, manager de manière déliée, à l’intérieur de son équipe, entre services et au-delà … La formation, la vie, le travail ne devraient pas être des choses si cloisonnées.

Notre approche n’est pas conventionnelle, c’est sûr… Voici ce qu’un participant en dit.

 

L’équipe

Percolab, une entreprise de co-création et de co-design

Percolab dénoue vos problèmes en entrant dans le futur avec vous. Nous créons des solutions qui fonctionnent maintenant et offrent une perspective sur le futur du travail.

Les entreprises, les gouvernements, les organisations nous engagent pour aborder des enjeux complexes et se préparer aux défis du futur. Nos services d’accompagnement, de coaching, de formation favorisent les conditions propices à la production de puissantes collaborations. Percolab fait émerger des groupes l’intelligence collective et des co-créations de taille par le design de processus subtils et la mise en oeuvre de stratégies participatives.

Depuis sa fondation en 2007 à Montréal, Canada, Percolab est devenu un réseau international qui continue de grandir. L’équipe française est basée en Occitanie.

Fanny Monod-Mitrev – Karine Zufferey – Nadine Jouanen

infofrance@percolab.com

www.percolab.com

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Le leadership conscient pour une efficacité accrue

Chacun a la possibilité d’être un leader. Souvent, les plus inspirants des porteurs de projet ne sont pas ceux dont c’est la fonction officielle. Un des facteurs qui font d’une organisation un lieu où il fait bon travailler est la qualité du leadership. Lorsque le leadership fait ressortir le meilleur des gens, ceux-ci sont en retour plus courageux, plus créatifs et plus aptes à rendre de meilleurs services.

J’ai accompagné une multitude de leaders durant ma carrière en développement organisationnel. En tant que responsable du développement des compétences, j’ai pu observer l’évolution des attentes envers le leadership en fonction des contextes économiques et sociaux et des cultures organisationnelles. Peu importe leur style ou leur culture, l’attente des organisations demeure l’efficacité.

Ma collègue Sylvie Mercier a été un modèle et une inspiration pour moi. Elle a terminé une carrière dans le réseau de la santé comme directrice adjointe à la réadaptation et à la qualité de la pratique professionnelle. Elle exerce un leadership conscient par une pratique en continu. Si nous avons des données concrètes sur l’efficacité que génère ce type de leadership, l’expérience de Sylvie et ses observations rendent le succès de cette pratique encore plus évident.

L’entraînement au leadership conscient cultive la concentration, la présence attentive, la clarté, la compassion et la bienveillance, favorisant ainsi le bien-être.

Cela se traduit par :

  • la capacité à prendre du recul dans les moments de tempête;
  • une manière d’agir plus posée et agile;
  • la justesse dans la prise de décision;
  • l’amélioration de la qualité des communications interpersonnelles.

Ces compétences permettent de mieux s’adapter à un environnement complexe et de garder le cap malgré les divers changements et incertitudes tout en étant capable de mobiliser les équipes vers la réussite.

Le leadership

Si la plupart des individus sont doués d’une certaine aptitude au leadership, ils doivent néanmoins développer des qualités spécifiques pour exprimer ce leadership à son plein potentiel. C’est par la pratique et l’expérience que s’acquièrent les qualités de leader tout comme la pleine conscience.

Débutons en proposant une définition simple de ce qu’est le leadership : c’est l’art d’amener des personnes à accomplir une tâche volontairement.

Pour un leader, la pleine conscience est génératrice, entre autres, d’efficacité. En  développant notre efficacité et notre capacité à lire l’environnement, nous nous ouvrons à une plus grande lucidité et à une plus grande cohérence entre nos valeurs et nos actions, favorisant ainsi un plus grand bien-être. Ces compétences sont bénéfiques dans toutes les sphères de notre vie et ont des répercussions sur les gens qui nous entourent.

L’efficacité

L’efficacité est une valeur importante en gestion et constitue une préoccupation majeure pour les personnes et les organisations. Comment vivre avec cette pression qui descend du haut vers le bas et avec les nombreuses redditions de comptes? L’efficacité est la capacité d’une personne, d’une chose ou d’une approche à produire les résultats attendus. Sur le plan individuel, l’efficacité consiste à bien utiliser le temps, l’énergie et les talents dont on dispose afin de laisser, ultimement, une empreinte positive sur le monde.

Les leaders qui possèdent un fort sentiment d’efficacité démontrent plus d’aisance dans le recours à leurs compétences clés de leadership. Ils s’y ressourcent plus souvent et avec plus de bénéfices que ceux qui ont un faible sentiment d’efficacité (Anderson et al., 2008). Ils sont capables de plus d’introspection. Ils sont ainsi conscients des possibilités et sensibles aux points de vigilance. Ils possèdent suffisamment d’assurance pour vivre selon leurs valeurs, exprimer leurs convictions et ainsi développer leur propre style de leadership.

Un leadership en pleine conscience

La pratique de la pleine conscience est un parcours que le leader doit aborder avec l’esprit du débutant, soit observer le monde et ses expériences avec un regard neuf, détaché des croyances forgées par le passé. Il s’agit de faire preuve de curiosité, sans attendre un quelconque résultat. Pour ce faire, le leader doit s’offrir des moments de recul au cours desquels il apprivoise la tranquillité et le silence afin de pouvoir faire le vide et prendre une saine distance face à son environnement.

Le leader conscient se démarque par sa capacité à développer sa présence et son attention au quotidien. Il est présent dans ce qu’il accomplit. Il est à l’écoute de lui-même, d’autrui et de son environnement. Plutôt que de s’ancrer dans des mécanismes de défense malsains face à l’adversité, il recherche la clarté en se donnant de l’espace pour porter un regard introspectif et bienveillant sur lui-même et sa performance.

La pleine conscience, c’est :

  • Prendre conscience de ce qui est là : nos multitudes de pensées, nos émotions, notre ressenti et nos actions;
  • Identifier nos habitudes et nos automatismes qui guident et même dictent notre quotidien au travail et dans notre vie personnelle;
  • Observer nos pensées actuelles et se demander si elles sont ancrées dans le passé, dans le présent ou dans le futur;
  • Comprendre ce qui se passe maintenant en adoptant une attitude d’ouverture et de bienveillance;
  • Être présent ici et maintenant sans juger, sans rejeter ce qui se passe, sans se laisser entraîner par l’agitation.

Il faut passer du « mode par défaut » au mode conscient. Par nature, notre esprit ressasse sans cesse. On pense, on fantasme, on planifie, on se raconte des histoires, on questionne le passé, on a peur du futur, on imagine des choses. La pleine conscience nous permet d’ajuster ce « mode par défaut ».

Le leadership conscient exige une connaissance de sa propre personne, de son identité et de ses aspirations. On ne peut séparer la pratique personnelle de la pratique professionnelle : c’est une posture à développer. C’est un parcours où l’on s’entraîne à être ouvert à la découverte, à apprendre, à grandir et à être curieux. On apprend à développer une communication libérée du jugement et empreinte de bienveillance, à véritablement écouter l’autre afin de créer des relations authentiques.

Malgré la turbulence, un praticien de la pleine conscience en situation de gestion difficile invite les personnes à se connecter à ce qui est en présence, offre un espace sécuritaire permettant de prendre du recul et de bien analyser la situation. Cet espace permet de porter un regard plus appréciatif et propice au développement. Il permet également de mieux voir les forces chez l’autre et mobilise ainsi le potentiel vers le but du projet et l’atteinte des objectifs vers lesquels on travaille.

Voici quelques effets bénéfiques de la pleine conscience sur l’efficacité :

  • Augmentation des capacités d’attention (présence attentive) et de mémoire nécessaires au contexte du travail;
  • Diminution du stress par le fait de prendre conscience : cela permet de passer entre autres d’une réaction automatique à une réponse mieux adaptée à la situation stressante;
  • Diminution de l’intensité et de la fréquence des ruminations, des réactions de défense engendrant les émotions négatives;
  • Augmentation de la lucidité dans la prise de décision face aux impacts potentiels.

Les petits pas à intégrer pour un leader conscient

Le cheminement vers le leadership conscient se fait pas à pas en intégrant des moments de pratique dans le quotidien au travail. L’entraînement régulier sur une période de temps suffisante permet de sortir de l’agitation chronique, de l’immédiateté et de la réactivité et de revenir à l’instant présent. Les méthodes informelles offrent des moyens accessibles d’intégrer l’entraînement à la pleine conscience sans trop ajouter à la liste de choses à faire.

Sylvie mentionne que dans le quotidien du travail, les transitions entre les tâches sont une belle opportunité d’intégrer des moments de pratiques informelles de pleine conscience, plus spécifiquement de respiration consciente. Elle nous propose d’oser intégrer un moment d’arrêt bénéfique dans notre quotidien.

Voici quelques exemples de pratiques informelles de pleine conscience :

  • Respirez à fond avant d’ouvrir un autre document ou un autre onglet;
  • Portez votre attention sur vos sensations lorsque vous sortez d’une rencontre;
  • Lorsque vous vous déplacez pour aller à une rencontre, concentrez-vous sur les bruits ambiants et sur le balancement de votre corps au lieu de ressasser les discussions passées ou de planifier votre prochaine rencontre;
  • Prenez l’escalier plutôt que l’ascenseur et montez en pleine conscience en harmonisant vos pas à votre respiration;
  • Utilisez les feux rouges comme des cloches de pleine conscience. Ralentissez, arrêtez de penser et profitez-en pour respirer;
  • Évitez de vous précipiter avant de répondre au téléphone. Respirez deux fois avant de répondre et vous serez ainsi présent pour la personne qui appelle;
  • Avant d’arriver à une rencontre, visualisez une personne calme et sereine. Prenez refuge dans cette personne pour rester calme;
  • Téléchargez une cloche de pleine conscience dans votre ordinateur et réglez-la de façon à ce qu’elle sonne tous les quarts d’heure. Étirez-vous et détendez-vous à chaque fois qu’elle sonnera.

Un leader plus conscient sera non seulement plus efficace, mais il aura aussi un effet bénéfique sur son bien-être et celui de son équipe. À méditer!

 

Venez découvrir les témoignages recueillis suite à l’activité du 22 octobre 2019 sur le leadership conscient et efficace avec l’approche de l’enquête appréciative, une expérience vitalisante.

 

Références pour approfondir le sujet :

  • Audebrand, Luc K. (2018). Le management responsable. Une approche axiologique. Québec, Presses de l’Université Laval, 200 pages.
  • Choi, Ellen, et Michael J. Rouse (2014). Leadership en pleine conscience. Cultiver la sagacité et la sagesse au travail. Ivey Business School.
  • Thich Nhat Hanh (2014). L’art de communiquer en pleine conscience. Montréal, Le Jour, 176 pages.
  • Kabat-Zinn, Jon (2012). Au cœur de la tourmente, la pleine conscience. Le manuel complet de MBSR, ou réduction du stress basée sur la mindfulness. Paris, J’ai lu, 794 pages.
  • Marturano, Janice (2016). Leadership conscient. Guide pratique pour diriger en pleine conscience. Bruxelles, De Boeck Supérieur, 220 pages.
  • Peillod-Book, Lise, et Rébecca Shankland (2016). Manager en pleine conscience. Devenez un leader éthique et inspirant. Malakoff (France), Dunod, 262 pages.
  • Diana Whitney, et al. (2019). Pratique de l’Appreciative Inquiry dans les établissements de santé. Paris, InterÉditions, 220 pages.
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3 stratégies pour changer la culture de votre milieu de travail en changeant vos réunions

Publication originale : Berrett-Koehler Publishers

 

Les réunions sont la colonne vertébrale de votre culture organisationnelle. Votre façon d’animer vos réunions en dit plus que vous ne le pensez sur le fonctionnement de votre organisation. Le fait est que les réunions sont un baromètre efficace pour mesurer comment performe votre organisation en termes de productivité, d’innovation et de travail d’équipe. Si vous rêvez d’avoir une organisation où les gens sont engagés, travaillent au maximum de leur créativité et de leur potentiel et partagent réellement les responsabilités, les réunions sont un lieu à faible risque où il est facile de cultiver ce rêve.

La plupart des gens trouvent que les réunions sont stressantes ou ennuyantes et n’y participent qu’à contrecœur. De fait, de nombreux indices suggèrent que les gens sont prêts pour quelque chose de nouveau. Quand les organisations arrivent à corriger leurs mauvaises habitudes qui étouffent la créativité, les réunions deviennent un levier idéal pour transformer des habitudes et des croyances fortement ancrées dans votre culture.

Nous vous présentons ici trois étapes faciles pour inviter tout le monde à se présenter à une réunion d’une façon différente et dans un esprit de collaboration. En suivant ces étapes, nous puisons dans notre pouvoir commun et notre créativité collective. Il s’agit d’une pratique, ce qui veut dire que vous n’y arriverez pas simplement en en parlant; vous devez vous mettre en action, réfléchir sur comment ça s’est passé, puis vous mettre de nouveau en action. C’est de cette façon qu’on change les habitudes. On ne doit pas s’attendre à ce que ça soit parfait du premier coup.

 

1. Identifier un objectif et une durée

Assurez-vous que votre groupe s’entende sur l’objectif et la durée de la réunion parce que les gens ont des attentes différentes qui peuvent générer de la confusion et de la frustration. Par exemple, une réunion de 60 minutes centrée sur la clarification des prochaines étapes d’un projet sera différente d’une réunion de 90 minutes où l’on vise à trouver des façons d’améliorer les relations entre les partenaires de projet. Si vous vous retrouvez dans une réunion dont l’objectif et la durée ne sont pas clairs, vous pouvez informer les organisateurs de vos attentes.

 

2. Cocréer judicieusement l’ordre du jour sur place

Aucun individu ne peut vraiment savoir tout ce qui devrait être abordé durant une réunion, et personne ne devrait avoir à gérer cela tout seul. Redistribuer la responsabilité d’établir l’ordre du jour peut se faire en mettant l’accent sur l’importance de prendre l’initiative. Le principe est le suivant : « Si vous voyez un sujet qu’il est important d’aborder, ajoutez-le à l’ordre du jour et animez la discussion sur ce sujet. »

Faites savoir au groupe quelle quantité du temps partagé et de l’attention collective vous requérez pour traiter votre sujet. Utiliser les quatre catégories de sujets ci-dessous permet de déterminer comment sera traité chaque sujet et peut renforcer la conscience intentionnelle au sein du groupe :

  • Annonces (quand vous désirez seulement que les gens vous écoutent);
  • Rétroaction (quand vous désirez écouter les autres);
  • Cocréation (quand vous désirez travailler sur quelque chose avec vos collègues);
  • Propositions et décisions (quand vous désirez en arriver à une décision collective sur un sujet).

Voici un exemple de ce à quoi peut ressembler un ordre du jour cocréé (conseil : utiliser un outil de travail collaboratif sur le Web, tel que Google Docs ou Asana, peut rendre les ordres du jour modifiables en direct très faciles à cocréer) :

 

Objectif de la réunion : les prochaines étapes de notre projet (60 minutes)

Catégorie Personne Sujet
Informations/annonces Hana

Ed

Mise à jour du calendrier

Relations avec les partenaires

Rétroaction/consultation Paul

Marina

Résultats des entrevues

Présenter notre nouveau service

Cocréer / travailler ensemble Hafid Idées pour la prochaine activité de consultation
Proposition / prise de décision Maria Embaucher des étudiants?

 

Gardez en tête qu’il n’y a pas de règle selon laquelle tout le monde doit être en mode conversation tout le temps. Vous pouvez être créatif par rapport à votre façon de présenter votre sujet à l’ordre du jour. Vous pouvez inviter les gens à réfléchir en silence pendant une minute avant un tour de table ou à se positionner physiquement dans la salle pour exprimer où ils se situent par rapport à la question. À vous de décider.

 

3. Animez la réunion avec des rôles

En tant qu’organisation, accordez une priorité à l’attribution des rôles de réunion. Entendez-vous sur qui sera l’animateur de la réunion, le gardien du temps et le preneur de notes. Il est également critique de faire une rotation de ces rôles régulièrement si vous voulez développer le leadership participatif. Définir une attente par rapport à cette flexibilité peut aider à rationaliser la manière dont les rôles sont attribués. Par exemple, on peut s’attendre à ce que tout le monde ait joué un rôle en particulier avant qu’une personne puisse le jouer une deuxième fois, ou encore à ce que les rôles soient attribués par rotation alphabétiquement selon le nom de famille.

L’animateur de la réunion se sert des liens naturels entre les sujets à l’ordre du jour et de l’énergie du groupe pour établir l’ordre dans lequel seront traités les sujets. Le gardien du temps aide les animateurs de la discussion pour chacun des sujets à respecter le temps qu’ils se sont eux-mêmes alloué, avec gentillesse et attention. Le preneur de notes documente les points essentiels : clarifications, propositions qui prennent forme, décisions qui sont prises, etc.

 

Bâtir une culture horizontale

Ces trois stratégies, employées conjointement, promeuvent une façon de travailler qui est collaborative et consciente. Le fait d’animer des réunions consciemment crée une culture de travail horizontale parce que les membres de l’équipe se sentent habilités, entendus et valorisés pour leurs contributions spécifiques, ce qui leur permet d’atteindre des objectifs plus larges et collectifs.

Le groupe assume une responsabilité partagée par rapport à ce qui est abordé, à comment c’est abordé et à la gestion du temps. Les réunions deviennent des espaces vivifiants, démocratiques et propices à la cocréation. Ceci est tout le contraire de la façon conventionnelle d’animer des réunions, où l’initiative appartient à une ou deux personnes seulement.

Il ne s’agit pas d’un « chacun pour soi » chaotique. Il s’agit du contraire, en fait. Des éléments structurants clairs permettent de s’auto-organiser efficacement.

 

Bâtir la confiance au sein de l’équipe

En réalité, il s’agit avant tout d’apprendre à faire confiance de nouveau. Ayez confiance que vos collègues feront preuve d’engagement et mettront des sujets à l’ordre du jour. Ayez confiance en la capacité des gens à partager le temps, et ayez confiance que les sujets pertinents pour aujourd’hui seront abordés. C’est réellement libérant.

Une fois que vous maîtriserez l’art d’animer ce genre de réunions, vous verrez les pratiques qui les sous-tendent commencer à influencer d’autres aspects du travail. Vous ferez valoir ce qui compte pour vous tout en faisant confiance aux autres pour qu’ils nomment ce qu’ils voient et fassent valoir ce qui compte pour eux. Vous serez plus apte à permettre à vos collègues de s’auto-organiser. Vous serez plus apte à puiser dans la diversité qui vous entoure. Tout ceci redonne de la vie au milieu de travail et insuffle de la flexibilité et de la fluidité à la culture qui le charpente. En fait, renouer avec notre capacité à se faire confiance mutuellement fait partie de notre cheminement collectif pour renouer avec notre humanité. Les organisations ont désespérément besoin de ceci en ce moment, et le monde aussi.

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